[agitation :] LA PASSION DE TONY SOPRANO – Emmanuel Burdeau

21 Jan

Ed. Capricci

Les éditions Capricci lancent une nouvelle collection, intitulée Actualité critique.  Le premier opus  passionnant signé Emmanuel Burdeau évoque l’œuvre télévisuelle la plus célébrée de l’ère moderne : The Sopranos. L’analyse se focalise plus précisément sur le personnage de Tony Soprano, gargantuesque parrain mafieux et père de famille déboussolé.

L’ouvrage est réservé à ceux qui ont pu voir la série dans son intégralité, puisqu’il s’ouvre avec une interprétation de la très controversée scène finale. Sa lecture n’offre pas exactement de perspective inédite, mais rassure sur différents points.

Il fallait attendre le terme de la saga pour poser un regard éclairé sur la fresque Soprano. Bien sûr, la multiplicité des personnages et des intrigues permettait diverses interprétations provisoires. Mais la distance, la vue d’ensemble sont indispensables.

Burdeau insiste sur le temps, facteur fondamental de la série de David Chase. Et puis, il confirme cette idée splendide : plus on regarde la série, moins on voit la Mafia. Les Soprano, nouveau grand roman américain selon Norman Mailer, certainement comédie humaine de l’orée du XXIème siècle, est l’histoire d’un enfant d’immigré, d’un fils, d’une communauté en proie à la modernisation. C’est une histoire de fric, de bouffe, de cul et de meurtre. C’est la conscience de l’Amérique, dans toute sa splendeur et dans toute sa médiocrité. Le grand show HBO pue la mort, exhale la vie. C’est une œuvre somme, magistrale, écrasante, de 86 épisodes.

Burdeau voudrait donner un aperçu de cette monstruosité. Il voudrait restituer la sublime mélancolie de cette grande histoire. Et si le livre est bien petit pour approcher une œuvre si grande, il se présente comme un confortable petit recueil d’idées, que l’on referme sur un souvenir ému, que l’on rouvre quelques jours plus tard pour y retrouver la trace d’un personnage attachant. Tous les nostalgiques de Tony S. y trouveront leur compte. Chase n’a jamais clôt le débat. Le clan nous suivra toujours, et Burdeau perpétue la passion, notre passion avec ses notes avisées.

Un détail me froisse pourtant. Il fallait aborder cette question fondamentale : what ever happened to Gary Cooper ? L’interrogation traverse les six saisons. A l’heure de se pencher sur ce point, Emmanuel Burdeau évoque High Noon. Mais ce n’est pas de ce Gary Cooper là qu’il s’agit. Tony ne veut pas de cette figure là, de ce shérif parcourant la ville en quête de soutien, de ce personnage tant décrié par Hawks et Wayne. Tony évoque l’icône mutique. The quiet guy. Celui qui la ferme et assume. Celui qui n’a pas recours à la psychanalyse, qui n’impute pas ses maux à son entourage.

David Chase a passé six saisons a traquer la déresponsabilisation de la société, les dérives morales de ses congénères. C’est un exemple mal choisi. Une interprétation comme une autre, peut être. Une chance de plus de discuter cette fresque traumatisante, énigmatique, exhaustive.

Greg Lauert

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