Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 30)

31 Jan

// MARY REILLY – Stephen Frears //

On sait maintenant qui est le maître de Nicolas Cage.

Stephen Frears est partout. Au fil d’une carrière longue de plus de trente ans, il a abordé tous les genres, tourné pour la télévision comme pour le cinéma. Il a mis en scène des drames sociaux, une production Scorsese, adapté une bande dessinée et des classiques de la littérature. Mary Reilly reste son unique incursion dans le cinéma fantastique. Et si le film s’inscrit bien dans le decorum de l’Angleterre victorienne, avec chapeau haut de forme et brume de rigueur, son réalisateur s’emploie avant tout, comme à son habitude, à une brillante étude de caractères.

Il ne s’agit pas stricto sensu d’une adaptation de l’Etrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson. On retrouve bien des scènes familières (l’enfant piétiné) et certains personnages secondaires (le majordome Poole), mais le point de vue du récit est celui d’une servante qui noue une relation privilégiée avec le double personnage. Frears resserre le récit sur Mary Reilly, incarnée par Julia Roberts. Il la dévoile dans ses tâches quotidiennes, dans sa quasi servitude. C’est un personnage qui se complait dans sa condition, dans l’encadrement de sa vie, dans cette prison au cycle mécanique.

En opposition, le cinéaste introduit Jeckyll, le maître bienveillant, et surtout Hyde, symbole de liberté, d’affranchissement. Hyde n’a aucune limite, aucun cadre légal, moral, social. Le film prend des distances avec le manichéisme de Stevenson. Le double n’est pas présenté là comme incarnation du mal, mais comme antithèse de la servile Mary. Hyde ne sert pas. Il ne connait aucune limite. Il prend ce qu’il veut, tue selon ses pulsions. Mary Reilly n’assume pas sa haine pour le père incestueux. Hyde peut assumer à lui seul toute la haine du monde.

Chez Frears, le négatif de Jekyll devient la pulsion antisociale de tout un chacun. Il est l’incarnation du fantasme des opprimés. Il demeure un diable, et non un justicier. Mais le réalisateur laisse planer le doute sur la nécessité du mal libérateur dans un monde corrompu. John Malkovich prête ses traits à l’incarnation fantasmagorique de la schizophrénie. Si on lui concède aujourd’hui une tendance notable à la caricature, il faut reconnaitre qu’en 1996, il offre la plus belle ambivalence qui soit sur grand écran. Il peut être fragile, maladif, puis massif, puissant, animal, sans jamais sombrer dans le grand guignol.

On pourra également noter que, malgré son sujet fastueux, Frears travaille à l’économie. La dimension fantastique n’est assumée que dans la scène finale. Pour le reste, la seule véritable concession au genre sera cette ambiance si particulière.

Greg Lauert

A savoir : le film partage avec Entretien avec un vampire et La reine Margot une même âpreté dans la reconstitution historique, une image à la texture sèche et réaliste. Philippe Rousselot, brillant directeur de la photographie, est le point commun des trois films.

MARY REILLY de Stephen Frears // 1996 // 108 minutes // 1.85 : 1 // Avec Julia Roberts, John Malkovich, Michael Gambon, Glenn Close, Ciaran Hinds.

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