[avant-première :] TRON: LEGACY – J. Kosinski

6 Fév

T’as pas 200 millions pour un lifting ?

1982, pierre angulaire du cinéma geek, Steven Lisberger réalisait sous la bannière Disney un film sorti de nulle part, qui, entretenu par un noyau indéfectible de nerds, allait passer au panthéon des films culte. Indiscutablement visionnaire par son visuel mais poussivement naïf dans sa narration et son histoire, Tron popularisait la notion de ce que l’on appellera communément un avatar.

26 ans plus tard Disney annonçait officiellement au Comicon de San Diego, devant un parterre de fans fébriles, la suite tant attendue. D’abord nommé TR2N puis Tron: Legacy, la maison de Mickey réussit sans problèmes à convaincre de la qualité du projet en mettant le freshman Joseph Gears of War Kosinski aux commandes mais surtout avec à bord Jeff Bridges et Bruce Boxleitner, reprenant les deux rôles titres (rassurant de façon totalement irrationnelle une base de fans aux aguets). Cerise sur le gâteau, un an plus tard le duo Electro Versaillais Daft Punk était mis à contribution pour apporter sa touche musicale. 2011, confortablement assis dans une salle de cinéma, une paire de lunette sur le nez, le spectacle peut commencer.

Tron : Legacy commence quelques années après la destruction du MPC par Kevin Flynn, imposant la victoire de l’homme sur la machine, lui permettant par la même de récupérer son bien et de se retrouver a la tête de ENCOM. La scène d’ouverture nous présente Kevin Flynn discutant avec son fils Sam. Le monologue tourne autour des exploits de Tron mais il explique surtout qu’ils sont sur le point de découvrir quelque chose de fantastique qui va avoir une répercussion énorme sur le monde réel. Tout cela dans un langage alambiqué mais qui, de fait, tient le spectateur en haleine. Devant s’absenter, Kevin promet à son fils de revenir le plus vite possible, mais bien évidemment, il disparaît sans laisser de trace.

La réalisation de Kosinski met l’emphase sur les artefacts du premier épisode dont la chambre est remplie : poster de Tron, moto Light cycle, personnages en résine. Ca sent le marketing de produit dérivé a plein nez et on comprend tout de suite quel public est visé : le geek. Flashforward 20 ans plus tard et changement de ton. Sam, après quelques scènes qui nous rappellent furieusement quelques blockbusters des 90’s, se retrouve, bien évidemment, projeté dans la matrice.

Et là, bonne surprise. Le film qui commence en 2D passe en 3D. C’est à ma connaissance une des seules utilisations de cette technologie avec un propos depuis son reboot en 2009 (à l’exception peut être de The Hole de Joe Dante). Coté visuel, on est définitivement dans la version 2.0 de Tron (heureusement…). Les gentils sont toujours en bleu et les méchants en rouge, les lignes de fuite du décor sont toujours accentuées par des effets néons et le héros est encore entouré de programmes aux allures humaines (des bots en quelques sortes). Par contre, fini le minimalisme de la version 1.0 ; ça frôle le baroque tellement les décors regorgent de détails.

« Jusqu’ici tout va bien… », mais malheureusement on se rend vite compte que malgré ces bonnes intentions le film dérive inévitablement vers ce que l’on redoutait tous (ou presque), un pur produit commercial qui n’a pas d’âme. Pourquoi ? Tout simplement parce que Disney, armé de ses deux scribes, a confondu d’une part  hommage et copie et d’autre part nous proposent un scénario fourre-tout sans queue ni tête.

Même si il est évident que les auteurs de Tron : Legacy s’en amusent, la fine limite entre hommage sur le ton de la comédie (la scène ou Sam saisit la barre de la light cycle et essaie de s’en servir comme d’un sabre laser) et copie de scripts et de plans est largement dépassée. Le script est purement et simplement un copié collé d’idées et de visuels mis bout a bout sans aucun sens narratif. Kevin Flynn nous est présenté comme un sage Zen (le look de Jeff Bridges ne vous rappelle rien ?) reclus dans sa tour d’argent. Pourquoi n’a t-il pas combattu Clu plus tôt alors qu’il apparaît au fur et a mesure du film qu’il possède de grands pouvoirs ?

Le concept des ISOs (Isomorphic algorithm, entités informatiques apparues spontanément dans la matrice) est une bonne idée en soit mais elle n’est pas développée. Quora est, dixit Kevin, « très importante », elle peut sauver le monde. Mais pourquoi ? De quoi ? Et comment ? En restant les cheveux au vent à l’arrière de la moto de Sam ? Clu veut envahir le monde réel avec son armée de programmes ; ok, mais pourquoi vouloir envahir la terre si la matrice est infinie ? Les enjeux ! Où sont les enjeux de ce film ?

Du point de vue stricto sensu de l’écriture c’est encore pire, les dialogues sont niais (les deux principales scène de discussion entre Sam et Kevin sont d’une lourdeur que l’on croyait révolue dans le cinéma moderne) et les mises en situation sont ridicules et totalement surréalistes. On est éberlué, par exemple, de voir que les programmes se donnent rendez-vous en haut d’une tour pour aller boire des cocktails dans des verres pixel sur de la musique électro.

La musique justement, signée par Daft Punk qui était, sur le papier, un des gros points fort du projet. Mais là encore on peut résumer le résultat en un acronyme : WTF* ! Le duo éléctro a vraiment composé ça ? On est très, très loin du son homme Vs machine qui a fait leur succès, le résultat est insipide, bourré de cordes mielleuses et de mélodies ringardes. Leur caméo dans la scène du bar, ou devrait-on dire de La Cantina, est a l’image du résultat : un duo de marionnettes blafardes ayant perdu toute identité dans ce projet qui, à l’évidence, n’était pas fait pour eux. Cet album n’est en aucun cas un album de Daft Punk, et c’est bien dommage. Une grosse déception de plus pour ce blockbuster.

Avec Tron : Legacy, Disney nous propose ni plus ni moins un pilote de série télévisée mais les deux formats, bien évidement, sont viscéralement différents.  Historiquement bien sur, mais aussi techniquement (i.e la narration) et principalement, pécuniairement. En effet, ABC ne vous demande pas de payer 10 euros pour voir un épisode de LOST. Alors que reste-t-il après le visionnage de Tron : Legacy ? Un lifting numérique de Jeff Bridges assez bluffant…

Hugues Barbier

(* What The Fuck)

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2 Réponses to “[avant-première :] TRON: LEGACY – J. Kosinski”

  1. Reda dimanche 6 février 2011 à 231137 #

    « Le film qui commence en 2D passe en 3D. C’est à ma connaissance une des seules utilisations de cette technologie avec un propos depuis son reboot en 2009 (à l’exception peut être de The Hole de Joe Dante).  »

    Bizarre cet article qui fait autant l’impasse sur Avatar, alors que de la 3D par la Pace/Fusion à la performance capture* (la vraie révolution oubliée des médias), le film en est le seul héritier, plus d’un an après la sortie du Cameron et plusieurs mois avant celle du premier Tintin de Spielberg/Jackson.

    * et c’est dommage parce que pour le coup, avec d’autres méthodes, Fincher (le mentor de Kosinski) avait operé un rajeunissement bien plus convaincant que Tron Legacy dans Benjamin Button.

  2. Reda dimanche 6 février 2011 à 231147 #

    … et je parle pas du budget équivalent à celui d’Avatar, mais bon, les « courageux » pourfendeurs de Cameron non plus, silence radio à ce sujet. Bizarrement je l’aurais parié.

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