Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 31)

7 Fév

// NE VOUS RETOURNEZ PAS – Nicolas Roeg //

"Toute ma compétence professionnelle pour vos cheveux." (J.-L. David)

Don’t look now (titre original) pourrait être intégré à un genre bien précis, que l’on pourrait qualifier de fantastique mélodramatique. Il serait ainsi apparenté aux Innocents de Jack Clayton, ou à l’Orphelinat de Bayona. Cette constatation ne doit toutefois pas occulter la singularité de l’œuvre de Nicolas Roeg.

Donald Sutherland et Julie Christie peinent à faire le deuil de leur petite fille. Ils déambulent dans Venise. La ville est la proie des ombres, des souvenirs, des faux semblants. Roeg adapte Daphné du Maurier, tire la substance romantique et désuète de cet auteur prisé par Hitchcock. Il réalise une œuvre d’esthète maniéré. Le trait est appuyé, le mélodrame est brillant.

Le réalisateur, précédemment directeur de la photographie chez David Lean, s’appuie sur sa charte graphique. La couleur rouge apparait comme le fil conducteur d’un récit monté comme une vaste spirale. Les scènes sont courtes, les focales longues. Roeg imbrique en montage alterné les points de vue des deux protagonistes, pour que la pression ne s’étiole jamais. Une longue séquence trop écrite pourrait mener à un terme narratif prématuré. Il déroule donc son récit par petites touches. Le film semble vaporeux, hésitant, indécis. Mais il nous plonge dans une sourde torpeur.

L’empathie pour le personnage de Sutherland devient totale. Il convient de se perdre dans le dédale des canaux vénitiens et de s’approprier ce sentiment de déjà-vu, ce malaise.

Le fantastique n’est pas un choix évident et Roeg ne l’assume qu’à la fin du métrage. Auparavant, le doute est permis, le drame familial est omniprésent. Les personnages et leur douleur dominent le métrage. Le genre n’est qu’artifice. Roeg souhaite explorer le cœur du deuil, la recherche qu’il impose. Le film s’apparente à une vaste parabole sur la disparation de l’être cher, sur l’impossible résilience. L’œuvre est bien sûr difficile à appréhender. Elle est quelque part trop sensible pour se laisser cerner par une froide analyse.

Enfin, la scène finale glace l’échine. La terreur que l’on ressent alors peut être interprétée comme la consécration de la démarche du cinéaste, la confirmation d’un talent de mise en scène unique, susceptible de faire plier un maniérisme a priori condamnable.

Greg Lauert

A savoir : il s’agit de la première incursion du compositeur Pino Donaggio dans le cinéma. Il deviendra par la suite le collaborateur attitré de Brian de Palma, pour lequel il signera la superbe partition de Blow out.

NE VOUS RETOURNEZ PAS de Nicolas Roeg // 1973 // 110 minutes // 1.85 : 1 // Avec Julie Christie, Donald Sutherland, Hilary Mason, Clelia Matania, Renato Scarpa

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Une Réponse to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 31)”

  1. Jakuts lundi 7 février 2011 à 210905 #

    Greg, ces dernières semaines tu es enfermé dans mon cerveau. Ou moi dans le tien. Quoi qu’il en soit on a bon goût, vraiment.

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