Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 32)

14 Fév

// THE FALL – Tarsem Singh //

Le casting du prochain Godard est assez inattendu.

On avait laissé Tarsem Singh sur The Cell, véhicule peu reluisant pour Jennifer Lopez. C’était en 2000. On pouvait dès lors noter les fulgurances visuelles. Disparu de la planète cinéma, on pensait le pubard revenu à ses premiers amours, au film court, à la vente de savon en 25 secondes chrono. Mais il arpentait le monde à la recherche de lieux d’exception, pour un récit d’exception, pour un film qui viendrait marquer l’histoire du cinéma. Pardonnez la grandiloquence, mais The Fall est une invitation aux superlatifs.

Dans un hôpital du Los Angeles cerné d’orangeraies des années 20, une enfant rencontre un cascadeur suicidaire et immobilisé. Il lui raconte une histoire destinée à l’amadouer, une parabole qui l’inciterait à lui voler de la morphine en douce. Elle s’éprend du récit, s’attache à son conteur. Ils projettent leurs rêves dans cette fiction. Le conte sublime leur réalité. Le principe n’est pas nouveau : ces êtres qui télescopent leur univers dans le fantasme ont traversé les générations, du Magicien d’Oz à l’Histoire sans fin. Mais Singh semble porter le concept à son paroxysme.

Son leitmotiv est simple, et se résume à un mot : sublimation. Les lieux, les personnages, les décors, la photographie sont simplement éblouissants. Singh assume son délire pictural, convoque Dali, s’appuie sur la 7ème symphonie de Beethoven. Le réalisateur se fout de toute cohérence. Des paysages désertiques aux palais indiens en passant par les cités espagnoles, il globalise le beau. De son aveu, il n’y aurait aucun effet spécial. Les lieux, les paysages, seraient authentiques. Mais au cinéma, où règne le culte de la fabrication, ce type d’assertion n’a aucun intérêt.

On retient la démarche. Et chez d’autres, ce type de démarche a souvent engendré le dédain. La forme pourrait et devrait logiquement phagocyter le fond. Le spectateur irait donc sombrer dans un ennui poli au bout d’une heure de métrage. The Fall est simplement sauvé par son lyrisme. Dans son dernier tiers, sous l’impulsion du désespoir du narrateur, le conte bascule dans le drame égocentrique et se fait déchirant. Le cascadeur saborde son récit héroïque. On élude toute valeur morale. On se déchire en 24 images secondes. Le récit d’apprentissage que l’on pouvait anticiper se défausse, pour laisser la place à un mélodrame impudique et généreux.

Là, en une poignée de scènes, Tarsem Singh abandonne un statut de faiseur d’images. Il est un cinéaste puissant, évocateur. Son film n’est plus un bel accessoire. C’est une grande histoire aux superbes artifices, un objet incomparablement séduisant.

Greg Lauert

A savoir : d’une manière très surprenante, le film n’a pas eu les honneurs d’une sortie en salle en France. Les échos très positifs des festivals et un excellent bouche à oreille n’auront pas suffi à décider les distributeurs.

THE FALL de Tarsem Singh // 2006 // 117 minutes // 1.85 : 1 // Avec Catinca Untaru, Lee Pace, Justine Waddell, Leo Bill.

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Une Réponse to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 32)”

  1. Boyan lundi 14 février 2011 à 150308 #

    Je suis bien d’accord. Pur chef d’œuvre romantique.

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