[cinéphilie :] Philippe Le Guay

16 Fév

Philippe Le Guay (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, Les femmes du 6e étage (sortie le 16 février 2011). Dans les années 60 en France, les bonnes Bretonnes sont peu à peu remplacées dans les familles bourgeoises par des bonnes Espagnoles. C’est le cas dans le foyer des Joubert (Sandrine Kiberlain et Fabrice Luchini) : avec l’arrivée de Maria (Natalia Verbeke), monsieur découvre l’existence des petits lutins ménagers et leur monde enchanté au 6e étage de l’immeuble, sous les combles… Nous parlerons peut-être des Femmes du 6e étage dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le 19 février 2011), en attendant vous pouvez aussi écouter « l’entretien minuté » du film sur le site des cinés Star et puis voici également les souvenirs et réactions de Philippe Le Guay aux films suivants.

JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE (Luis Bunuel) :

Oui, évidemment, je comprends que vous ayez choisi cet exemple puisque c’est la domesticité. Mais alors là c’est Octave Mirbeau : la domesticité fin XIXe, avec…. C’est le film de Renoir que vous citez ? Ah, celui de Bunuel ! Au fond, c’est pareil… Non, en fait la version de Bunuel est plus contemporaine que celle de Renoir. La version de Renoir est très proche du roman d’Octave Mirbeau, alors que Bunuel a situé l’histoire dans les années 20… La femme de chambre devient une sorte d’objet de fantasmes libidineux… Les bottines… Tout le fétichisme du patron, ce vieux noble un peu décatit, se fixe sur les bottines de Jeanne Moreau. Et puis il y a la brutalité de la sexualité, là c’est le personnage joué par Piccoli, un personnage veule et brutal… C’est vraiment le chaudron des désirs, le chaudron des pulsions refoulées que la femme de chambre catalyse, cristallise et en même temps, dont elle est plus le symbole que l’objet : c’est-à-dire que ce n’est pas elle qui, finalement, va être violée.

THE SERVANT (Joseph Losey) :

Ah oui, thématique maître-esclave ! Alors là, c’est le renversement. La géniale dialectique du maître et de l’esclave où le maître d’hôtel, pervers, manipulateur, finit par prendre le dessus sur le « maître » joué par James Fox –une sorte d’aristocrate bon chic, bon teint, qui va finalement s’effondrer lamentablement dans les griffes de son prédateur…

8 FEMMES (François Ozon) :

J’ai plus le souvenir d’un huis clos que de situations de domestiques… Ces huit femmes… Évidemment il y a un homme qui est tué, c’est comme… Comme un nid de guêpes. Il y a une sorte de délectation à voir les femmes entre elles. Il pourrait y avoir un petit point commun avec mon film dans le sens où c’est un portrait de groupe. Mais autant les femmes que j’ai mis en scène dans mon film, ces Espagnoles, elles sont dans un lien de solidarité, autant là, les 8 Femmes elles se tirent dedans à qui mieux mieux.

LE 7e CIEL (Frank Borzage) :

C’est un souvenir très très lointain. J’ai vu qu’il était réédité en dvd. J’ai une grande admiration pour Borzage, pour un cinéma qui est l’exacerbation des grands sentiments et du lyrisme et du mélodrame…

MILOU EN MAI (Louis Malle) :

Une sorte de bourgeoisie mise à mal : au fond on n’est pas très loin du Journal d’une femme de chambre, d’ailleurs tous les deux sont écrits par le même scénariste, Jean-Claude Carrière. Là, c’est la bourgeoisie dans ce qu’elle a de rance, confrontée à 68. Il y a un personnage hédoniste qui est le personnage joué par Piccoli, qui va pêcher des écrevisses dans la rivière alors que pendant ce temps-là, les belles-sœurs, les beaux-frères se disputent des armoires, volent des cuillères à café en argent, et que la France, surtout, s’effondre dans le séisme de mai 68.

IRREVERSIBLE (Gaspar Noé) :

Je n’ai pas envie de parler de ça. (silence) Non, peut-être que je ne devrais pas dire que je n’ai pas envie d’en parler, mais c’est vraiment le cinéma que… Tout ce que j’ai envie de faire, c’est contre Irréversible. Contre le systématisme et puis quelque chose qui… Non, mais en fait je n’ai pas envie d’en parler…

LE FABULEUX DESTIN D’AMELIE POULAIN (Jean-Pierre jeunet) :

Oui, non mais… Oui, là il y a beaucoup de talent, il y a un talent inventif, il y a un sens des plans qui est extraordinaire, il y a un climat… Enfin : un talent de cinéaste. Avec une forme d’utopie. On lui a reproché son Paris de carte postale, mais bon, après tout pourquoi pas. Ce film, j’en garde un très bon souvenir, je le revois régulièrement avec beaucoup de plaisir. C’est un film très maîtrisé, de manière hallucinante.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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