Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 33)

21 Fév

// NOS FUNERAILLES – Abel Ferrara //

Vincent Gallo et le reste du monde.

Quand Martin Scorsese évoque Abel Ferrera, il se réfère à ce plan de Bad Lieutenant, dans lequel Keitel erre, nu et en transe, une aiguille dans le bras. Selon Marty, quand on a cela devant sa caméra, le style devient obsolète. Chez Ferrara, la cinématographie, le cadre, les mouvements d’appareil et la musique ne sont qu’accessoires et artifices. La caméra est un œil neutre, témoin de la puissance du contenu. Le  comédien est roi, et le cinéaste new yorkais jette à l’écran des monuments, des monstres, des bouffeurs de scène prêts à s’entretuer pour une réplique, pour un mouvement.

Nos funérailles est un film d’époque et un film de gangster. C’est un récit structuré et luxueux si on le compare à certains autres opus du réalisateur. Rien de bourgeois toutefois. Parce qu’il s’agit d’une œuvre d’Abel Ferrara écrite par Nicholas St John ; un récit crasseux de rédemption matinée de folklore religieux.

Trois frères déviants veulent venger la mort du cadet. Ils tournent en rond dans cette veillée funèbre, maltraitent le cadavre, insultent leurs femmes, allument des cierges. C’est une troupe qui s’entre dévore dans la fosse aux lions du plus cinglé des cinéastes italo-américain. Il tient là son plus beau casting : Christopher Walken, Chris Penn, Vincent Gallo, Isabella Rosselini, Annabella Sciorra, Benicio del Toro viennent hurler, pleurer, cabotiner. Il est probable qu’aucun autre cinéaste n’aurait su gérer cette foire, cette grande fête des seconds couteaux les plus déviants du cinéma américain.

Ferrara s’engage sans complexe dans sa thématique fétiche. Il observe la déchéance. Et aucun autre auteur ne le suivrait sur ces terres là. Le cinéaste est à l’image de ses personnages, obsessionnel et masochiste. Nos funérailles sera sa dernière collaboration avec son scénariste attitré : Nicholas St John. Le film représente une sorte d’aboutissement de leur démarche, une consécration de leurs problématiques,  portées à l’échelle de la famille.

L’un et l’autre ne s’en relèveront pas. Depuis 1996, Ferrara n’est plus que l’ombre du cinéaste qu’il fut. On se souviendra avec émotion et admiration de ses années 90.

Greg Lauert

A savoir : les films d’Abel Ferrara ne sortent plus sur nos écrans depuis Mary en 2005. Il continue pourtant à tourner et écume les festivals.

NOS FUNERAILLES d’Abel Ferrara // 1996 // 1.85 : 1 // 99 minutes // Avec Christopher Walken, Chris Penn, Annabella Sciorra, Isabella Rossellini, Vincent Gallo, Benicio del Toro, John Ventimiglia.

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Une Réponse to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 33)”

  1. Alejandro Goitia Tellaeche samedi 8 octobre 2011 à 90954 #

    Pourquoi ce chef-d’oeuvre ne sort-il pas en DVD?
    Dans une rétro consacrée à Isabella Rossellini,on a pu voir le sublime « The saddest music in the world » du génial canadien de Winnipeg,Guy Maddin, et ,bien sûr,les deux films de David Lynch,
    mais « The funeral » de Ferrara.Pourquoi?

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