[avant-première :] 127 heures – D. Boyle

22 Fév

Danny Boyle a réalisé la dernière pub pour Decathlon.

Depuis le temps que l’on l’attendait ce nouveau Danny Boyle. En tant que fan de cinéma de genre, ce réalisateur anglais a toujours eu une place toute particulière dans mon estime, certainement parce que Trainspotting a bercé mes années lycée et que, sorti de nulle part, Danny Boyle nous a rafraichi le film de zombies avec son 28 Days Later en posant les bases d’un nouveau type de mort vivant : Celui qui court, celui qui, même si on ne trébuche pas bêtement sur une brindille, nous chope et nous bouffe, celui qui, même tout seul, ne nous laisse aucune chance. Bien sûr, il a bien plus dans sa filmographie que des films de junkies ou de zombies, du très bon et du moins bon, et c’est précisément pourquoi on est tous aux aguets quand  Boyle sort un nouveau film.

127 hours a un pitch de poche, de coin de table. Un jeune alpiniste, Aron Ralston, le genre beau gosse qui énerve quand il arrive dans une soirée, part pour escalader un canyon dans l’Utah. Aron est bien entendu un loup solitaire, il ne dit a personne où il va, il est bien trop cool pour ca. Mais ce jour là, ça tourne mal et il se retrouve bloqué 127 heures durant dans le fond d’une crevasse avec pour seul moyen de survie 300ml d’eau, un couteau de survie made in china (dixit Aron) et quelques barres énergétiques.

La mise en place du film nous présente le fameux Aron alors qu’il est sur le départ pour l’Utah. Montage dynamique, split-screen a gogo, musique pitchée avec beaucoup de basse électro/rock, trop cool. En 5 min on est dans l’ambiance. Il arrive à proximité du canyon, Aron arrête sa voiture, prend son vélo, nous colle une caméra sur son guidon, toujours la même musique, basse a fond. Un montage alternant plan large et vue de la caméra-guidon façon X-Games, Aron dérape et tombe lourdement au détour d’un virage, il se marre, dégaine un appareil compact de sa poche, se prend en photo, artifice de montage cheap style Iphone, repart, nous gratifie de quelques tricks avec son mountain-bike et finit par se poser… Ouf !

Il faut encore tenir quelques minutes, le temps pour Aron de rencontrer deux petites minettes perdues, de se la péter un peu, un sourire en coin et de repartir. Après ces scènes d’exposition, trop longues, Aron part à la conquête du Canyon. Il glisse sur un rocher qu’il entraîne dans sa chute et tombe dans une faille. Sa main se retrouve bloquée entre le mur et cette énorme pierre, le film commence… Enfin.

La mise en place du film, vous l’aurez compris, met une emphase toute particulière sur le fait que Aron est super cool. Et ce pour deux objectifs : le premier, très basique, c’est bien sur pour nous, les spectateurs, ceux qui ont payé 10 euros pour être dans la salle. Ceux qui veulent du spectacle. On est ici face a un film grand public, Boyle ne fait pas, ou plutôt ne fait plus, dans le film de genre depuis quelques temps déjà (le budget du film approche les 20 millions de $).

Le deuxième est beaucoup plus technique, c’est le format : Boyle utilise du 1.85. Pourquoi tomber dans l’aspect purement technique du film me direz-vous ? Pourquoi ne pas traiter de la narration, du jeu d’acteur de James Franco, des décors etc. Et bien parce que, comme on peut s’en douter, le film n’a d’intérêt que l’exercice de style qui est derrière : nous faire tenir 94 min (en fait moins, et c’est la un des nombreux problèmes du film) entre deux parois de canyon avec Aron Ralston et son humeur qui va de « je vais m’en sortir parce que je suis trop cool » à « je perds complètement la tête et je me coupe l’avant-bras au couteau de poche ». Et c’est justement là que le parti-pris de Danny Boyle est discutable. Pourquoi ? Et bien, malheureusement pour lui parce que Rodrigo Cortés et son grandiose Buried sont passés par là.

Les deux films traitent d’un événement tragique dans un environnement confiné, un homme enterré vivant dans un cercueil pour Buried et un homme bloqué au fond d’un canyon pour 127 hours. Quand Rodrigo Cortés nous raconte son histoire, il le fait en 2.35 là où Boyle le fait, comme mentionné plus haut, en 1.85.

Et c’est là que son truc de coolitude prend sens. Boyle sait qu’il sera plus facile pour lui de nous oppresser avec ce format, moins large, une fois au fond de la crevasse. On respire par les cotés au cinéma, pas par la hauteur. Du coup il décide de nous habituer des le début de son film, il nous immerge direct dans le 1.85 cheap. Il nous met de la vidéo, du split-screen, de la photo en basse définition, il nous monte tout ca avec du paysage (en 1.85, argh !!!), du pur MTV des années 90 de mauvais gout et dépassé, et tout ca pourquoi ? Parce que Danny Boyle n’a pas d’idée de mise en scène. Il ne sait pas où mettre sa caméra quand le pauvre Aron est emprisonné au fond du canyon et qu’il veut nous faire sentir l’oppression, la peur ou le désespoir.

En tout et pour tout on peut compter trois idées de mise en scène. Sur 94 min, ca fait peu. Si il avait pu filmer en bon vieil 1.37 pour servir son propos, il l’aurait fait, c’est sûr. Pour preuve les plans à répétition où il filme l’écran de la caméra numérique de Aron qui se film lui même en gros plan. Tout ca peut vous paraitre futile mais ça fait toute la différence cinématographiquement. Rodrigo Cortés, à l’inverse, prend le risque de donner de l’espace dans son champ. Il prend le spectateur a contre pied, il ne nous oppresse pas par le format mais par l’histoire, par les situations. Cortes sait que s’il nous sert du 1.85 pendant 90 minutes on va se croire rapidement dans un épisode de 24 (24 heures c’est du 1.78 mais vous me pardonnerez le raccourci).

Dans Buried on est émotionnellement engagé, dans 127 hours on ne l’est pas. Quand Cortés fait arriver un serpent dans le cercueil on se croirait dans un loft, on sent la tension, on passe en quelques secondes de l’empathie pour le personnage à la peur. Pourquoi ? Parce que l’on a de l’espace et que Cortés utilise la mise en scène pour créer la peur, pas le champ. Quand Boyle essaie de nous faire ressentir quelque sentiment que se soit, il n’y arrive pas, tout simplement parce qu’il se repose sur le format et non sur la mise en scène. Danny Boyle rame tellement pour nous embarquer dans son histoire qu’il sort complètement du carcan qu’il s’est lui même imposé par son histoire, l’unité de lieu confiné. Il nous impose constamment des flash-back inutiles, des voix-off agaçantes (on a même droit à une scène de vision prémonitoire… sans commentaires). Il se sent obligé de nous prendre par la main pour tout nous dire, tout nous montrer, simplement parce qu’il ne maitrise pas son sujet, simplement parce que pour lui être emprisonné se traduit par l’utilisation d’un format. Format qu’il s’entête a réduire de surcroit en filmant le champ d’une DV. C’est navrant.

Au final, la seule utilisation d’un format, 1.85 vs 2.35, nous montre le manque de réflexion sur la mise en scène dans le métrage de Dany Boyle. On ne peut lui reprocher, par contre, son jusqu’au-boutisme dans l’idée même du traitement du sujet, qui dans un certain sens peut être discutable. L’histoire mise a part, l’idée de baser son concept sur un format (et sa réduction systématique) est assez louable, mais ne fait pas un film dans son essence : format/mise en scène/musique (sans aucun sens de priorité les uns par rapport aux autres)

Là où le Grand Rodrigo nous propose un spectacle cinématographique inoubliable, le Bon Danny nous propose au mieux un film MTV et au pire un mauvais épisode de série ABC.

Hugues Barbier

N.B. : 127 hours est l’adaptation cinématographique de Between a rock and a hard place de Aron Ralston.

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Une Réponse to “[avant-première :] 127 heures – D. Boyle”

  1. JB mardi 22 février 2011 à 180652 #

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