[cinéphilie :] Jonathan Nossiter

25 Fév

Jonathan Nossiter (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, le bien nommé Rio sex comedy (sortie 23 février 2011). En effet, tout est compris dans le titre : ça se passe à Rio (beaux quartiers, favelas, jungle), c’est drôle à divers degré (de la farce ENORME à la satire poil à gratter en passant par quelques sourires tendres) et ce n’est pas avare en scènes de sexe décomplexées. Dans Rio sex comedy il y a tout plein de personnages et aucun n’est laissé pour compte, de même qu’aucun n’impose sa morale ou ses valeurs –mais pour satisfaire au name droping, disons que l’on y suit principalement les trajectoires parallèles d’Irène Jacob, Charlotte Rampling et Bill Pullman (personnages et interprètes plus ou moins confondus). Proclamons-le tout net : Rio sex comedy est un gros coup de cœur –les films coquins, joyeux, insolents ce n’est pas si fréquent. Et le montage financier du film le rend encore plus atypique : il s’agit d’une coopérative, tout le monde (réalisateur, acteurs, techniciens), à tous les niveaux, s’est donc pleinement investi. Le revers de la médaille, c’est que l’objet fait un peu peur et qu’il ne doit pas se louper : sa sortie en France servira de baromètre pour son achat et sa distribution à l’étranger. Avis aux amateurs donc… Si vous voulez en savoir davantage, dirigez-vous vers le site du film ou vers l’entretien minuté avec Jonathan Nossiter. Nossiter qui réagit, pour finir, aux films suivants…

TROPA DE ELITE (José Padilha)

Film fasciste. C’est l’inverse de Rio sex comedy où la proposition est que les gens qui habitent dans les favelas sont des gens comme vous et moi : la proposition de Tropa de elite c’est que ce sont tous des bandits et qu’il vaut mieux être du côté des flics fascistes pour les écraser. C’est un scandale.

BRAZIL (Terry Gilliam)

En donnant un titre qui n’a rien à voir avec le sujet du film, je pense qu’il a compris une belle phrase de Blaise Cendrars qui dit a dit que c’est au Brésil qu’il a compris que vivre est un acte magique.

VERS LE SUD (Laurent Cantet)

C’est un des cinéastes que je respecte le plus au monde. Je pense que c’est une des rares fois peut-être que quelqu’un a été récompensé avec un immense prix et où c’était mérité. Parce que c’est un cinéaste courageux, engagé, qui fait des films qui apportent énormément de plaisir, qui vous troublent, qui vous font réfléchir. C’est un des rares cinéastes de nos jours qui est pleinement dans son époque avec intelligence et à l’écoute des autres. Et c’est un film magnifiquement interprété par Charlotte Rampling, un de plus.

M.A.S.H. (Robert Altman)

Quel plaisir d’être devant un film qui, à la fois réuni les plaisirs traditionnels d’un récit et des gestes d’anarchie pure. Une tension en permanence entre des dialogues extrêmement bien écrits, des plans extrêmement maîtrisés et une liberté absolue qui donne l’impression qu’il ne savait pas où il allait lui-même. Et donc on est entraînés dans cette aventure, on découvre avec lui.

SARABANDE (Ingmar Bergman)

Je l’ai vu en DVD, donc je ne me permets pas de parler d’un film que je ne vois qu’en DVD parce que c’est comme dire que vous avez eu une histoire d’amour avec quelqu’un que vous avez juste connu au téléphone.

THE YES MEN (Chris Smith, Dan Ollman, Sarah Price)

J’ai la plus grande admiration pour eux. Ce sont des gens qui font de la vie du cinéma, on ne sait pas si c’est du documentaire ou de la fiction. Ce sont des gens qui ont le courage de mettre en actes… C’est eux qui sont aux barricades aujourd’hui. Et ils sont aux barricades de manière tellement délicieuse et drôle. Ce sont des guerriers poètes.

PEEPING TOM (Michael Powell)

Bon, vous avez fait un tour de… Je pense que vous avez ressenti des choses qui me touchent profondément… Je pense que c’est une évidence que tout cinéaste est un voyeur. Et tout spectateur est un voyeur. Doublement voyeur. On va au cinéma parce qu’on est voyeur. Parfois ça peut prendre une tendance un peu vertigineuse et violente, ce qui est le cas de Peeping Tome. Ce n’est pas mon film préféré de Michael Powell, c’est un film que, techniquement, j’admire beaucoup, mais pour moi, Colonel Blimp est son grand chef d’œuvre. Parce que dans Colonel Blimp tu as tout le plaisir du voyeurisme qu’il y a dans Peeping Tom, mais il y a aussi toute la générosité, la grandiosité… C’est La règle du jeu (NDLR : de Renoir) anglais… C’est marrant, vous avez cité un des grands-grands cinéastes qui apportent en permanence du plaisir, mais c’est un des rares films chez lui qui est moins généreux.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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