[dvd :] CHINA BLUE – Micha X. Peled

2 Mar

Ed. Montparnasse

Que cache le miracle économique chinois ? Réponse : des salaires de misère. Ce n’est un scoop pour personne.  C’est à la base même des dérives de la mondialisation. Qui dit salaire de misère, dit faibles coûts de production et donc compétitivité imbattable. Voilà pour la théorie économique.

Le réalisateur Micha X. Peled, lui, s’est intéressé à la pratique. Il est allé fourrer son nez dans les affaires chinoises pour tenter d’en comprendre le système de production. Un système si bien huilé, qu’il est en passe de faire de la Chine la première puissance économique mondiale.  En soi, c’est déjà un exploit. Peu de régimes sur terre sont aussi soucieux de continuer à produire en toute discrétion et surtout en toute impunité.

Ce qui fait l’intérêt de ce documentaire, c’est sans doute la force du témoignage. On y suit une jeune chinoise, qui à l’âge de 16 ans, quitte sa campagne natale, sa famille et ses attaches pour venir chercher du travail en ville. La voilà qui part à travers champ, son baluchon sur le dos, avec pour seule destination, l’inconnu.

Dans cette usine près de Canton, qui fabrique des jeans, il suffit de se présenter à l’accueil pour décrocher un emploi. Après, tout s’enchaîne. D’immenses dortoirs sont prévus pour accueillir ces jeunes travailleurs, la majorité venant de loin, comme Jasmin. Tout cela a des airs de colonies de vacances. Les jeunes filles ont le même âge, elles vivent et rigolent ensemble. Elle sont d’ailleurs plutôt gaies et souriantes. Mais le travail est épuisant. Ici, le seul mot d’ordre, c’est le respect des délais de livraison. Les contremaîtres veillent à la cadence et lorsqu’on prend du retard, il faut rattraper, quitte à travailler 23 heures d’affilés.

N’allez pas croire que ces jeunes ouvrières sont serviles. Elles sont prêtes à bien des sacrifices mais uniquement parce qu’elles vont être payées. Lorsque le patron pousse le bouchon un peu trop loin, en repoussant indéfiniment la date de paie, la colère syndicale gronde. On les découvre farouches, rebelles et déterminées.

Pour obtenir ces témoignages, Micha X. Peled a du s’armer de patience. Le régime lui a régulièrement mis des bâtons dans les roues, stoppé le tournage et effacé des bandes. Il a fallu faire entrer le matériel clandestinement dans l’usine car ce film n’a d’intérêt que dans le huis clos qu’il décrit. C’est une sorte de micro ville et de microcosme entièrement dévoués à la croissance chinoise. Le profit avant tout.

Pas de doute, ce documentaire s’inscrit dans l’excellente collection « Engagés », éditée par les éditions Montparnasse. Il a d’ailleurs reçu le prix des droits de l’homme au festival international du documentaire d’Amsterdam.

Fanny Lépine

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