Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 35)

7 Mar

// LIVE – Bill Guttentag //

Grâce aux ASSEDIC, MAM commence une nouvelle vie.

Guttentag est un réalisateur de documentaires. Il lui apparait donc naturel de conférer à son premier long métrage de fiction l’esthétique et l’apparence de son genre de prédilection. Une caméra suit Eva Mendes, insupportable productrice de shows unscripted (qu’ils disent), qui tente de mettre sur pied un jeu de roulette russe pour un grand network.

La première heure verse sciemment dans le grotesque. Les personnages sont odieux. Ils parlent chiffres, audience, bénéfice, encarts publicitaires. Les dilemmes moraux sont éludés d’un sourire lumineux et d’une pose langoureuse. Mendes, sculpturale et supposée sympathique, s’amuse de cette fantastique caricature de carriérisme au sein des média. La liberté d’expression est mise en exergue. Si de bons américains veulent se faire sauter la cervelle à l’écran pour 5 millions de dollars, c’est leur droit. Le film questionne platement, ne théorise pas. Il  se pose comme une cible idéale au jugement du spectateur moral, distancié, et intelligent. Ce dernier a la tâche aisée à l’heure de condamner les inbouffables crétins qui roulent des mécaniques sur l’écran.

Puis vient le jeu en question. Le long métrage quitte son style documenteur. On aura des champs / contre champs, des gros plans angoissés, un montage alterné entre différents protagonistes. Le cinéaste prône d’un coup l’immersion. Il sert le voyeur. La victime sera idéale, le personnage le plus caricatural sera sacrifié et le plus noble sanctifié. Nos plus bas instincts seront satisfaits. Le jeu ne veut pas le contrepied. Il contente le téléspectateur. Insidieusement, il contente le cinéphile.

De par un changement de mise en scène, de par un décalage de point de vue, nous devenons clients de l’obscénité. En quelques plans, ce film cynique et satirique, dont on riait à distance, suscite l’inconfort. L’objet putassier masquait sa roublardise. On pourra oublier le final expiatoire et franchement inutile. Le long métrage exploite admirablement son cœur, cette demi-heure qui se clôt sur le visage du personnage principal, défait au dessus d’un lavabo, écœuré et grisé à la fois.

Live est un conte habile et obscène, un film peu soigné mais explosif, une œuvre moderne et surprenante.

Greg Lauert

A savoir : Paul Michael Glaser (sans gilet blanc ni Gran Torino) joue ici le directeur de la chaîne. Il a lui-même mis en scène un film sur les dérives de la société spectacle en 1987 : Running Man.

LIVE de Bill Guttentag // 2007 // 96 minutes // 1.85 : 1 // Avec Eva Mendes, Andre Braugher, Paul Michael Glaser, David Krumholz.

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