Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 36)

14 Mar

// BLINDNESS – Fernando Mereilles //

Jean-Marie Le Pen est prêt à tout pour séduire sa fille.

Selon Kubrick, on ne peut faire de bons films qu’avec de mauvais livres. Si la déclaration est sans doute hypocrite de la part d’un cinéaste qui a, entre autres, adapté Nabokov et Schnitzler, la réalité cinématographique lui donne raison dans une grande majorité de cas.

Fernando Mereilles, réalisateur brésilien agité et engagé, aurait pu s’inquiéter de ce constat à l’heure d’adapter L’aveuglement, du prix Nobel de littérature José Saramago. Pourtant, son film est, au même titre que la Route de John Hillcoat, une de ces rares adaptations réussies d’un classique moderne. Si l’œuvre a été snobée à sa sortie par le public et la presse spécialisée, c’est peut être du fait d’une appréhension ambitieuse.

Tous les habitants d’un pays deviennent aveugles, à l’exception d’une femme qui assiste, impuissante, à la déliquescence de l’ordre social.

Le postulat ouvre la voie à la parabole, aux grands discours, et à la leçon de morale. Pourtant, le film de Mereilles ne prétend jamais avoir la portée théorique du roman d’anticipation de Saramago. Au cinéma, et dans le cas présent notamment, ce qui importe, c’est ce qui nous est donné à voir. Le cinéaste brésilien n’est pas connu pour l’infinie délicatesse de sa mise en scène, mais on ne peut nier la fantastique efficacité de cet univers quelque part post apocalyptique. L’impuissance, la cécité, mènent ici à l’enfermement, à la malveillance, à l’enfer.

Le rôle du cinéaste n’est pas tant de raconter que de faire vivre. Il recrée donc une bulle anxiogène. Il enferme ses personnages dans un hospice où ils se déchirent dans une vaine réorganisation sociale. Il les lâche en pleine ville, dans un chaos global qui ne manquera pas d’évoquer Romero. Il s’approprie le matériau de Saramago. Il porte littéralement ce récit à l’écran. Mereilles sait bien qu’il ne peut égaler le poids des mots. La littérature offre des possibilités infinies. Le cinéma est un art cloisonné, rigide, choral et comprimé en 120 minutes.

Pourtant, le réalisateur use avec brio de ses armes, de la puissance primaire de l’image, des rictus du visage d’un comédien, de la poésie d’une note. Trop souvent, l’adaptation cinématographique voudrait concourir avec son modèle littéraire. Mereilles cultive là la singularité du 7ème art.

Greg Lauert

A savoir : à l’heure de vendre les droits, José Saramago a souhaité qu’une caractéristique de son roman soit conservée : le pays dans lequel les évènements se déroulent n’est jamais nommé.

BLINDNESS de Fernando Mereilles // 2008 // 121 minutes // 1.85 : 1 // Avec Julianne Moore, Mark Ruffalo, Danny Glover, Gael Garcia Bernal, Don McKellar.

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