[agitation :] The walking dead – AMC studio

17 Mar

Clint Eastwood a besoin d'argent pour son prochain film.

Auteur adulé par les fans de comics, Robert Kirkman peut se targuer d’avoir révolutionné l’industrie de la bande dessinée aux Etats Unis. Maintenant un des cinq partenaires à la tête d’Image Comics, il a co-crée, entre autres, Battle Pope (Funk-O-Tron), Invincible (Image), Marvel Zombies (Marvel ; Spin-off de Ultimate Fantastic Four de Mark Millar) et bien évidement l’incontournable The Walking Dead (Image).

Commençant comme une banale histoire de zombies façon 28 Days Later, Robert Kirkman et Tony Moore (remplacé au dessin par Charlie Adlard à partir du numéro 7#), ont développé sur The Walking Dead une trame narrative de drame post-apocalyptique en privilégiant les interactions entre les survivants plutôt qu’entre les humains et les zombies. En quelque sorte The Walking Dead commence là ou généralement les films de Zombies se terminent.

L’officialisation par AMC il y a un peu plus d’un an de la mise en production de cette BD en série télévisée a attisé les plus grands espoirs. En effet, portée par Frank « Shawshank Redemption » Darabont, Gale Anne « Terminator » Hurd, Greg « Day of the Dead » Nicotero et Robert Kirkman, tout était réuni pour faire de cette série un hit en puissance. L’heure est venue de juger sur pièces. Est-ce que le casting de réalisateurs/producteurs/acteurs a tenu toutes ses promesses ? Est ce que la série télévisée est aussi captivante que le comic ? Voilà quelques éléments de réponses.

Pour cette première saison de The Walking Dead, certainement à cause du rapport coût/risque, AMC a décidé de ne produire que six épisodes au lieu de treize. Décision qui semble un peu frileuse de la part de la chaine au premier abord, mais qui, d’une certaine façon, prend sens quand à la découpe de la bande dessinée. Darabont a co-écrit tous les épisodes (ou du moins a usé d’un droit de regard en tant que co-producteur) et a réalisé le pilote. La suite a vu passer cinq autres réalisateurs ayant travaillé sur des séries comme Breaking Bad (AMC), Dexter (ShowTime) ou The Shield (HBO). Jusque là rien que du classique pour une série télé aux US. Optimiser la production/réalisation. N’oublions pas que l’on parle ici de cinq épisodes de 43min plus le pilote de 66min avec une grosse post-production en terme d’effets spéciaux pour chacun, le tout devant être prêt en neuf mois.

Nous y voilà, le 31 Octobre 2010, religieusement assis devant sa télévision, le show peut enfin commencer. Et là, stupeur. AMC s’est trompé de bobines et nous a mis une version de travail ? C’est quoi cette musique? C’est quoi ce montage ? Et la performance d’acteur ? Il n’est pas nécessaire de passer en revue tous les défauts du pilote (la dernière scène devrait être étudiée comme un cas d’école de « Ce qu’il ne faut pas faire ») pour se rendre compte que soit Darabont a un sens du rythme totalement dépassé, soit la production a été trop rapide.

La moitié des scènes immersives ne fonctionnent pas. C’est lent, et même si tout est fait pour que l’on trouve les personnages attachants (la trop longue scène de dialogue dans la voiture entre Rick et Shane), on n’éprouve aucune empathie, aucun intérêt. Certaines scènes tournent même au ridicule, comme lorsque Darabont se lance dans un montage alterné entre Rick qui décide d’achever une jeune fille/zombie et Lam totalement décidé a tuer sa femme/zombie. On baille, on rigole, on commente, mais on n’est pas impliqué, et c’est bien dommage quand on sait que c’est justement ce genre de scènes qui ont fait la renommée du comic.

Bon, il ne faut pas oublier que The Walking Dead est une série télé, et même si le pilote est assez médiocre, une série se juge sur la durée. Cinq épisodes pour rectifier le tir, c’est beaucoup, mais dans le cas de The Walking Dead pas forcement suffisant. En effet, la ligne directrice établie par le pilote de Darabont ne change pas. Les personnages sont caricaturaux et de fait n’attisent jamais l’intérêt du spectateur. Les tensions engendrées par le triangle Rick/Shane/Lori qui, du moins pour la BD, est un des moteurs du début de l’histoire, est très maladroitement mené. La balance entre la menace zombie et les tensions entre les personnages est mal dosée (à l’exception de l’épisode 4), le tout engendrant un désengagement émotionnel de la part du spectateur.

« L’enfer est pavé de bonnes intentions » est un proverbe qui convient tout à fait à cette série. Les effets spéciaux sont bons mais dans la plupart des cas mal mis en scène. En voulant traiter, à l’image de l’original, la survie au sein d’un groupe, AMC s’est perdu dans d’inutiles détails qui ne fonctionnent pas en terme de cinématographie. Darabont choisit judicieusement de s’éloigner du script original pour créer de nouvelles intrigues, mais n’arrivant jamais à créer une trame narrative consistante, il perd son audience dans une série divisée en chapitres où l’on a le temps de s’attacher ni a l’univers ni aux personnages.

Il est intéressant de noter qu’en reprenant un par un les éléments qui ont fait de la bande dessinée un succès (à part le noir et blanc, bien que l’extrême  désaturation des couleurs s’en rapproche), le résultat ne passe pas a l’écran. Une des raisons est que, malgré les apparences, un comic n’est pas un story-board (à quelques exceptions près comme par exemple Watchmen). Darabont et son équipe, peut être par excès de bons sentiments, se sont entêtées a vouloir reproduire les pages de la BD mais sans vraiment penser à la transposition à l’écran. Dommage.

Bien sur la série n’est pas foncièrement mauvaise, juste décevante. A vouloir transposer une atmosphère sans prendre en compte la différence de medium, The Walking Dead a perdu au passage l’essence même de ce qui le rendait intéressant. AMC a donné son feu vert pour une saison 2, cette fois de 13 épisodes, en espérant que le remaniement d’équipe (principalement les scénaristes) permettra de corriger les erreurs qui font que, jusqu’à présent, The Walking Dead se place loin derrière des séries comme Dexter ou Breaking Bad en terme de qualité et d’originalité.

Hugues Barbier

A noter : La série The Walking Dead sera diffusée en France à partir du 20 Mars sur Orange Ciné Choc // The Walking Dead le comic est édité en France par Delcourt sous le titre de Walking Dead (Volume 1 à 13 disponibles).

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Une Réponse to “[agitation :] The walking dead – AMC studio”

  1. Greg LAUERT jeudi 17 mars 2011 à 90930 #

    Le principal reproche que je ferais à la team Darabont en premier lieu, c’est une ambition mal placée. La première saison couvre à peine le premier volume du comic avec de multiples redites et d’évidentes lenteurs.
    Avec un récit digne d’être raconté en 1h30 et étiré sur 6 heures, il ne faut pas s’étonner des remontrances.
    Ensuite, il y a pour moi un fossé évident entre le pilote (luxueux et bien torché) et le tout venant des 5 heures suivantes.
    Franchement, sur les trois derniers épisodes, ca vire laid et pénible.

    C’est au final un gros pétard mouillé, ce Walking Dead. Ca ne devrait pas détourner le téléphile avisé du véritable évènement de l’année sur petit écran, à savoir Boardwalk Empire.

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