Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 37)

21 Mar

// IL DIVO – Paolo Sorrentino //

Et avec un taux d'emprunt à 4,5%, comment je fais moi pour payer une nouvelle Bentley à ma femme ? Hein ?!

Il Divo est un des nombreux surnoms de Giulio Andreotti, homme politique italien, président du conseil avant l’inénarrable Silvio et icône à l’impressionnante longévité. En s’attachant à déchiffrer la carrière d’Andreotti à l’orée des années 90, Paolo Sorrentino propose un regard sur la vie politique italienne de la seconde moitié du vingtième siècle. Le film évoque à plusieurs reprises le fantôme d’Aldo Moro, les vestiges des brigades rouges, et la croisade anti mafia de Giovanni Falcone. Il interroge surtout sur la corrélation entre pouvoir et corruption, et sur l’existence d’un mal nécessaire.

Dans une scène admirable, un journaliste assaille le vieux président du conseil de ses soupçons, lui jette au visage de multiples accusations, tente de le faire vaciller sous la pression d’une vérité à peine masquée. Andreotti se contente de répondre que si son parti n’avait pas sauvé économiquement son journal, il ne serait pas à même de se montrer si insolent. Le débat contradictoire est annihilé d’une phrase. Le cinéaste fait le choix du cynisme, de la dérision. Il balaye d’entrée toute naïveté, tout idéalisme. C’est triste et sublime à la fois. Sorrentino filme la vie politique de son pays comme il tournerait un western ou un film de gangsters.

La clique ministérielle est présentée avec dérision, sur le fondement d’un attribut physique, d’un surnom, comme des gueules et des truands au détour d’un couloir. Le naturalisme est balayé.

Il Divo, « le divin » est éclairé en plan douche, comme baigné d’une lumière céleste. Il s’exprime par citations, avec une éloquence que viennent ponctuer les scènes de meurtre en cinémascope. La rencontre (supposée) avec Toto Riina, La Belva, le mafieux emblématique et monstrueux, est filmée en silence. Le stoïcisme d’Andreotti s’oppose au regard furieux du vieux sicilien.

Tout est affaire de mise en scène. Sorrentino aurait pu choisir la morgue et la sentence. Il livre à l’inverse une copie enjouée. Il prend la mesure de l’ampleur du désastre politique, de l’acceptation évidente du mal.

Andreotti se veut dépositaire d’une volonté divine, mais il ne cède pourtant jamais à l’angélisme. Les figures contradictoires fascinent les artistes italiens. Cette interprétation d’une période historique tourmentée ne révèle pas une once de rébellion. Sorrentino verserait plutôt dans la résignation joviale.

Greg Lauert

A savoir : le film a remporté le prix du jury à Cannes mais sa date de sortie sur les écrans français (31/12/2008) a probablement condamné son exploitation en salle.

IL DIVO de Paolo Sorrentino // 2008 // 110 minutes // 2.35 : 1 // Avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti , Flavio Bucci, Carlo Buccirosso

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s