[dvd:] TAKING OFF – Milos Forman

25 Mar

Ed. Carlotta

Milos Forman, le réalisateur de Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975, cinq Oscars) avec Jack Nicholson et Louise Fletcher, n’est pas qu’un cinéaste audacieux. C’est aussi un destin. Avant d’entamer une carrière aux Etats-Unis, il a vécu en Tchécoslovaquie, sont pays d’origine, alors sous la botte communiste. Faire du cinéma n’a pas été une sinécure, entre les œuvres de commandes et la censure omniprésente. Lors du Printemps de Prague en 1968, Milos Forman est aux Etat-Unis. Les autorités lui ont donné un visa de sortie, presque par malentendu. Toutefois, étant donné son caractère frondeur, celles-ci ne souhaitent pas son retour. Et voici Milos Forman coincé aux Etats-Unis, loin des siens. Ses amis, notamment le scénariste Jean-Claude Carrière, feront beaucoup alors pour faire passer son épouse à l’Ouest et le soutenir financièrement.

Milos Forman sait animer les fêtes de fin de tournage.

A New York, Milos Forman est frappé par le mouvement hippie à son apogée et dont il pressent la fin. Après avoir observé pendant longtemps la jeunesse, il estime qu’elle n’est pas très cinématographique. En revanche, il est fasciné par le phénomène des ados hippies fugueurs, qui laissent des parents en total désarroi. Pris entre la reconnaissance des aspirations de cette jeunesse et leur éducation classique, certains perdent tous repères. Taking off raconte ce choc des cultures et des générations.

On y voit Jeannie, la fille de Larry et Lynn, rejoindre un groupe hippie où elle s’émancipe. Affolés, décontenancés, ses parents tentent d’intégrer cet univers qui les dépasse. La musique folk, les joints, le farniente, les vêtements larges et bigarrés : tout les laisse pantois. Passés l’effarement, ils finissent par comprendre que, eux aussi, pourraient profiter de la vie. La scène où un ancien hippie apprend à des couples comment fumer des joints lors d’une réunion est absolument hilarante.

Linnea Heackock (l'ado fugueuse).

Le montage, très original, s’articule en allers et retours qui s’immergent dans deux mondes opposés. La bande musicale folk est un document d’anthologie, avec un passage live de Tina et Ike Tuner. Tout comme la galerie de portraits représentée par des concurrentes venues passer des auditions. Beaucoup d’apprenties artistes ne sont pas comédiennes, ce qui donne un aspect très documentaire au film. Pour l’anecdote, à l’époque, une certaine Louise Veronica Ciccone, future Madonna, avait passé un casting, mais fut refusée. Vu le talent des chanteuses acceptées, elle devait certainement chanter trop juste. Au moins les interprétations sont très « nature ».

Milos Forman en contre-champ.

Taking off (1971, 89mn) n’a eu qu’un succès commercial mitigé à sa sortie, mais n’a coûté « que » 840 000 dollars. Avec un certain amusement, Milos Forman raconte qu’une publicité qui a emprunté dans le film l’idée des auditions, n’a duré qu’une minute et a coûté 1 million de dollars. C’est ça le capitalisme.

Edité en version classique et en Blu-Ray, Taking off est agrémenté de deux bonus très instructifs. Dans le premier, Milos Forman évoque son parcours et la naissance du film, dans le second, Jean-Claude Carrière revient sur sa collaboration avec le cinéaste. Deux visions très complémentaires.

Franck Mannoni

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