Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 38)

28 Mar

// UN PLAN SIMPLE – Sam Raimi //

"Ne t'inquiètes pas, je suis sûr qu'il n'est pas mort. Il fait dodo, c'est tout."

A la fin des années 90, personne n’attend Raimi sur le terrain du polar familial. Plus précisément, personne n’attend de lui un traitement si classique et rigoureux. Une poignée d’années plus tôt, il a dynamité le western à la sauce cartoon. Il travaille alors dans un axe initié avec Evil Dead, dans un ton semi parodique mais totalement généreux.

Un plan simple s’appuie sur un ressort dramatique éculé. Un type lambda, plutôt comblé, trouve par hasard quatre millions de dollars. Et dans une situation pareille, vous avez beau être marié à Bridget Fonda, vous commencez à voir la vie d’une manière radicalement différente. Bien sûr, Bill Paxton et consorts entrent dans la spirale du pire. Trop de témoins, trop de curieux, et bientôt trop de cadavres jonchent le chemin de la fortune.

Raimi ne force pas le trait. Il sait que les personnages seront le sel du récit. Si le spectateur ne croit pas à ces destins, le polar ne peut pas fonctionner. Il rationnalise donc, et oublie ses élans grotesques. A l’heure de mettre en scène Fargo, les frères Coen oublient Arizona Junior. Raimi réalise à son tour son film noir en blanc, son conte cupide et rural. La neige tient ici un rôle primordial. C’est un élément habile pour l’auteur de polar. A intervalle régulier, elle vient couvrir les traces. Les crimes sont dépouillés de leur technicité. Il ne reste que les stigmates moraux des personnages.  Tout ce blanc ne saurait laver les consciences.

En 1998, Sam l’inconséquent change donc de voie. A l’exception de l’un ou l’autre mouvement d’appareil un peu vif dans une scène de meurtre, rien ne vient trahir l’agité de l’Armée des Ténèbres. Raimi était un cinéaste fun et adulé, il devient là un solide narrateur, attaché à son matériau scénaristique, dévoué à ses comédiens. A partir d’Un plan simple, il est un réalisateur mainstream. Le changement de direction est couronné de succès. Il optera dans la foulée pour une comédie romantique.

Tous ces détours mèneront Raimi vers sa trilogie Spiderman, qui constitue à ce jour une sorte d’archétype du blockbuster intègre, passionné, réussi. Il ne s’est pas égaré en chemin, il n’a pas oublié sa folie. Il l’a mise en sourdine le temps de s’attacher aux arcanes du noir : un homme, une femme, un flingue, trop de fric.

Sans gesticulations, sans démonstration de force, Raimi, en élève discipliné, continue alors de faire ses armes.

Greg Lauert

A savoir : Sam Raimi n’a jamais caché avoir bénéficié des conseils des frères Coen pour son tournage dans la neige. Les maitres sont des complices de longue date, puisque Joel Coen est notamment crédité au montage d’Evil Dead.

UN PLAN SIMPLE de Sam Raimi // 1998 // 121 minutes // 1.85 : 1 // Avec Bill Paxton, Billy Bob Thornton, Bridget Fonda, Brent Briscoe.

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