Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 39)

4 Avr

// CŒUR DE VERRE – Werner Herzog //

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Face caméra, un berger annonce la fin du monde. Les souffleurs de verre perdent leur secret. Peu à peu, le village sombre dans la démence et le chaos. Parce que chez Herzog, la folie n’est pas uniquement l’apanage de Klaus Kinski. En l’absence de son monstrueux alter ego, Werner demeure un cinéaste enragé et un artiste exceptionnel. En une poignée de plans, sur un postulat anecdotique, il crée une œuvre mémorable, hypnotique, qui engendre un évident malaise. Si le temps est au centre du récit, il est plus que jamais question de nature.

Dans la filmographie du cinéaste allemand, le destin des êtres est intimement lié à l’environnement naturel. De la jungle d’Aguirre et de Fitzcarraldo aux ours de Grizzly Man, en passant par les vestiges dévastés de la Nouvelle Orléans, Herzog fait plier les fous furieux devant mère nature. C’est la seule réponse qu’il oppose à l’ambition démesurée des hommes.

Dans Coeur de verre, la communauté voudrait arrêter le temps, rester figée, perpétuer son culte dans son havre de paix. Mais le cinéma de Werner Herzog n’est qu’un vaste constat d’échec. Il s’approprie cette fois une légende bavaroise, mais situe son récit en un lieu inconnu. Le paysage est à la fois hostile et séduisant. Les plans ont une valeur anxiogène. Les êtres dissertent longuement. Ils se déplacent comme des morts vivants, hébétés, indécis, fébriles. Le narrateur partage un secret, mais il n’est écouté que de victimes. Le film ne dure que 94 minutes. Pourtant, il semble long. On ne s’y ennuie pas, bien sûr, mais on prend la mesure du temps, de la longueur des scènes, du mysticisme d’un plan.

Dans la dernière séquence, un groupe d’hommes, juché sur un roc en pleine mer, observe l’horizon, guette l’imminence du malheur. En quelques minutes, et en quelques plans superbes, Herzog dévoile peut être la fatalité inhérente à son œuvre. Observer le monde ne serait d’aucune utilité. Le destin est inexorable, et toute communauté est vouée à être balayée par le temps. Son style, son leitmotiv, revient à observer cette lente déliquescence. Avec un sadisme que l’on pourra difficilement nier, le cinéaste scrute ses personnages, ces pantins au bout de leur ficelle qui s’agitent pour repousser la providence.

Cœur de verre n’est pas son film le plus emblématique, mais à l’image de ses meilleurs long métrages, il s’avère aussi inconfortable que fascinant.

Greg Lauert

A savoir : le fait n’est pas avéré, mais il semblerait que Werner Herzog ait eu recours à l’hypnose pour diriger ses figurants.

COEUR DE VERRE de Werner Herzog // 1976 // 94 minutes // 1.66 : 1 // Avec Josef Bierbichler, Stefan Guttler, Clemens Scheitz, Sonja Skiba.

 

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