Journal d’un CUTien à l’Etrange (saison 4, ép.5)

11 Avr

"Ne t'inquiète pas, Jake, Prince of Persia c'est du passé."

Pour bien démarrer la journée des enfants, je me donne le droit de louper la séance d’Aladin et la lampe merveilleuse. Non seulement pour mon bien, mais aussi pour celui des autres. Mon esprit mal tourné peut difficilement ne pas percevoir une quelconque allusion sexuelle involontaire dans un dessin animé quel qu’il soit. Je garde alors mes forces pour Le secret de la pyramide projeté à 14h. En entrant dans la salle, je vois ce cher Greg Lauert avec sa fille. Il me fait remarquer que mon assiduité laisse à désirer (« Ah, tu loupes Aladin, toi ? »), ignorant que mon absence n’était qu’un cadeau pour son enfant.

Alan Cox et Nicholas Rowe contraints à faire de la figuration sur le dernier Sherlock Holmes. "Bande d'enfoirés..."

Réalisé en 1985 par Barry Levinson (le type qui nous a offert ensuite Rain Man, Sleepers ou Man of the Year), écrit par Chris Columbus (réalisateur de Maman, j’ai raté l’avion, Mme Doubtfire ou Harry Potter à l’école des sorciers) et produit par Steven Spielberg (Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal… oui, ça me fait marrer), cette version junior de Sherlock Holmes attise la curiosité. Le film se déroule à Londres en 1870 et présente la rencontre entre le jeune Watson et le jeune Holmes au sein d’une école. Holmes embarque Watson dans une enquête sur une série de meurtres mystérieux liée à une expédition en Egypte qui s’est passé des années auparavant. L’intrigue n’est pas très excitante, mais les effets spéciaux constituent le véritable intérêt du film. Nous avons droit à la première utilisation de la motion capture au cinéma qui se révèle être très réussie. Malgré ses vingt-cinq ans, Le secret de la pyramide ne vieillit pas trop mal et reste une aventure familiale relativement plaisante.

La nouvelle pub pour Thomas Cook.

16h : The Fall. Le film en question, n’ayant pas eu droit de sortie en salles françaises, date de 2006 et possède une réputation imposante. Entre les grands fans qui veulent absolument voir ce film sur grand écran (il s’agit de la deuxième française en l’espace de quatre ans) et les curieux venus le découvrir, la salle se remplit et le bouche à oreille semble avoir fait son effet. Une petite présentation de Philippe Lux et du boss du site 1kult nous font part du fait que le film a été réalisé en l’espace de quatre années dans près de vingt pays. Le réalisateur, Tarsem Singh (The Cell), travaillant essentiellement dans la publicité n’aurait pas hésité à réaliser ses pubs comme des essais pour des séquences de The Fall. Ce qui se fait largement ressentir lors du générique de début qui, esthétiquement parlant, ressemble à une pub pour Hugo Boss sur fond de Beethoven… C’est beau, parait-il… Je sens le sol trembler, la sueur des grands fans en colère en train de perler.

Le film de Tarsem Singh est intéressant pour son originalité, sorte de conte torturé dans lequel le rêve et la réalité se mêlent et y présente un cascadeur gravement blessé et une gamine hospitalisés en Californie. Durant l’intégralité du film, le cascadeur raconte à la petite fille l’histoire de cinq héros en quête de vengeance. Evidemment, Tarsem se charge de mettre cette histoire en images et prouve indéniablement son talent pictural, la photographie de Colin Watkinson est remarquable et la relation entre les deux protagonistes est par moments touchante. Et le problème de cette dernière est qu’elle se veut trop touchante. La dernière demi-heure du film tire beaucoup trop sur la corde de l’émotion pour arriver à en faire ressortir quoi que ce soit d’un tant soit peu sincère, d’autant plus que, mis à part les deux protagonistes, on se tape complètement des autres personnages qui gagnent leur présence uniquement grâce à des costumes tape à l’œil tous droit sortis d’un défilé haute-couture. Sans oublier l’humour bon enfant et le charmant catalogue de cartes postales rendant un hommage, sûrement involontaire, mais écrasant, à National Geographic. C’est beau, parait-il… A la sortie de la salle, je recroise Greg, très heureux d’avoir pu enfin voir The Fall sur grand écran et un peu déçu par mes réserves. Pour prendre votre revanche en lisant un avis très emballé par le film, Greg saura vous combler ici.

Kadhafi s'échappe.

Le film se terminant avec un léger retard et voulant profiter de l’air, je choisis de manquer Bedevilled, ainsi que le génialissime Dark Star de John Carpenter. Très pro, oh oui… Mais ayant déjà vu ce dernier, je peux me permettre de placer quelques remarques sur cet ovni rare. Premier long-métrage de John Carpenter réalisé en 1974 qui aurait dû être un court-métrage, Dark Star s’impose comme une comédie de science-fiction hilarante, souvent perçue comme une sorte d’En attendant Godot dans l’espace ou, dans une certaine mesure, une parodie de 2001 l’odyssée de l’espace. On y suit des astronautes qui doivent détruire les planètes qui risquent de dévier vers leur étoile et de déclencher une supernova. Activité qui semble marrante, mais nos chers passagers exercent ce boulot depuis près de vingt ans et, maintenant, s’emmerdent profondément jusqu’à ce qu’un problème survient… Réalisé avec un budget de 60 000 dollars et écrit par un certain Dan O’Bannon qui annonce ici à plusieurs reprises la naissance d’Alien, Dark Star est une expérience délirante, audacieuse et absurde. John Carpenter est loin de faire deviner le contenu de la suite de sa carrière, mais prouve déjà qu’il est d’une débrouillardise remarquable et d’un pessimisme troublant dosé d’un humour acide.

De retour au Star St-Exupéry à 20h pour l’avant-première de Source Code réalisé par Duncan Jones (Moon) qui clôture le festival. Avant cela, l’équipe du festoche propose la projection d’un court-métrage animé titré Loom qui montre simplement un papillon piégé dans la toile d’une araignée qui n’hésitera pas lui sauter dessus pour l’achever. Le fond n’est peut-être pas intéressant, mais l’animation, réalisée par des étudiants, est d’une qualité bluffante.

"Le passé n'en a pas fini avec nous !"

Le film de Duncan Jones présente aussi certaines qualités, mais perd parfois l’équilibre dans le fond de son sujet. On y parle d’un soldat américain se réveillant dans un train, dans la peau d’un autre homme victime d’une explosion qui ne laissera aucun survivant. Le Source Code est un appareil expérimental utilisé sur le soldat en question qui doit revivre les huit dernières minutes de la vie d’une des victimes, trouver la bombe et démasquer le coupable pour empêcher un autre attentat terroriste. Le début du film fait énormément penser à la série Code Quantum (Scott Bakula fait d’ailleurs un cameo vocal dans Source Code) et laisse présager une répétition de séquence qui risque vite de fatiguer le spectateur, un peu comme dans l’insupportable Triangle de Christopher Smith. Heureusement, Duncan Jones est un peu plus malin et parvient à donner un rythme très entrainant à son film et quelques idées de réalisation pour le moins honorables. Bien que le film s’engouffre peu à peu dans une réflexion bien mielleuse, Source Code reste un divertissement qu’il serait dommage de bouder.

C'est chaud, mais ça a l'air bon.

Même s’il est toujours triste de se dire « Oh putain, c’est la fin du festival, demain je retrouve ma vie de merde, fais chier… », il serait bête de cacher un certain soulagement, même en tant que spectateur aliéné. Je décide donc d’esquiver la projection de l’intéressant Heartless de Philip Ridley pour retrouver ma précieuse vie de merde (bon, j’exagère). Concernant le film, aux échos apparemment très peu favorables, Heartless est une œuvre qui mérite un brin d’attention ; on y parle d’un jeune photographe amateur complexé par une tâche de naissance en plein sur la face et le film nage entre fantastique et drame social autour des jeunes gangs londoniens. Malgré – encore une fois – une tournure un peu mielleuse et un petit twist pas très convaincant, le film de Ridley propose une violence crue très fidèle au cinéma british au travers d’un portrait sensible et simple d’un type qui se retrouve à faire un pacte avec le Diable dans le but devenir normal. Prenant et plutôt attachant, Heartless gagne aisément sa place au sein de l’Etrange Festival.

Rock Brenner

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