Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 40)

12 Avr

// HAMLET – Kenneth Branagh //

Kenneth Branagh, the right man at the right place.

Au cœur des années 90, Kenneth Branagh est considéré comme le renouveau du cinéma britannique. Certains observateurs ont trop vite conclu à un nouvel Orson Welles. Il s’attache à Shakespeare, affiche un goût prononcé pour la démesure, se fait produire par Francis Ford Coppola, cultive une amitié avec l’ogre Depardieu. Il écrit, joue, met en scène. D’Henry V à Mary Shelley’s Frankenstein en passant par Peter’s friends, comédie dramatique ancrée dans les années SIDA, Branagh impressionne de par son éclectisme. Le nouveau phénomène est surtout un brillant tragédien qui couve un projet monumental. Chaque film de ce début de carrière effréné tend vers un but précis : il  veut porter Hamlet à l’écran.

Exit Zeffirelli et Olivier. Kenneth ne tranchera pas. Il adaptera la version intégrale de la pièce du grand Will. Chaque ligne, chaque mot est à l’écran. Le métrage dure plus de quatre heures. Pourtant, il ne s’agit pas de transposition brute. Branagh reconditionne, situe l’action au XIXème siècle. Il évacue ainsi l’austérité moyenâgeuse du récit. Le prince était sinistre et sentencieux, il le joue comme un possédé, courant d’une pièce à l’autre, psalmodiant le texte comme un aliéné. Ophélie n’est pas en reste. Kate Winslet la joue avec une intensité exceptionnelle.

Branagh tourne le film au moment propice. Il est au sommet de sa gloire, bénéficie d’un crédit qu’il ne retrouvera plus par la suite. Dans chaque scène, pour chaque rôle, il invite un comédien de renom. Les grands noms recouvrent l’affiche. Et il les surplombe tous. Kenneth l’exalté fait tournoyer la caméra, jette le grand répertoire à l’écran avec une passion tout à fait unique. Il veut réconcilier le théâtre et le cinéma. A l’heure où Shakespeare est malmené par Baz Lurhmann, il s’attache à la précision des vers, et les accompagne de grands mouvements d’appareil.

Sa démarche jusqu’au-boutiste le voue pourtant à l’anonymat. Si le film est une superbe réussite, il marque l’indéniable coup d’arrêt de sa carrière. L’égotiste a détourné les projecteurs. L’auteur cumule les projets insipides. L’acteur cachetonne dans des seconds rôles. Il semblerait que Kenneth Branagh ait jeté toutes ses forces dans son adaptation d’Hamlet.

En 1996, il termine officieusement une carrière de cinéaste phare, rejoignant, à 36 ans seulement, son modèle Orson Welles dans le cercle des sacrifiés du 7ème art.

Greg Lauert

A savoir : le film a été exploité en France dans une version expurgée et insipide de deux heures trente seulement. Il est sorti en VHS dans sa version courte et dans sa version longue. Le DVD ne présente plus aujourd’hui que la version intégrale.

HAMLET de Kenneth Branagh // 1996 // 242 minutes //  2.20 : 1 // Avec Kenneth Branagh, Kate Winslet, Judi Dench, Julie Christie, Richard Attenborough, Charlton Heston.

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2 Réponses to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 40)”

  1. Greg LAUERT mardi 12 avril 2011 à 80840 #

    la légende de la photo signée Romain confirme mes craintes … je suis définitivement seul à l’heure de défendre ce bon Kenneth.
    Et encore, je vous ai épargné le cri d’amour à Frankenstein …. Vous l’avez échappé belle !

  2. Romain mardi 12 avril 2011 à 80850 #

    Greg, tu me fais peur. Je pense que pour plus de sûreté, je vais quitter la ville.

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