Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 41)

18 Avr

// ELECTION – Johnnie To //

On n'imagine pas les conséquences d'une folle nuit d'amour avec Roselyne Bachelot.

Avant d’être cinéaste, Johnnie To est avant tout un producteur prolifique. Sa société de production abreuve depuis bien longtemps les écrans du Hong Kong de comédies très inégales. Mais depuis les années 90 et les exodes de John Woo, Tsui Hark et Ringo Lam, Milkyway domine le polar HK.

Le nom de Johnnie To est presque devenu une marque. Il a su imposer un style, un ton, et faire évoluer le genre. Pourtant, il n’est pas aisé de dégager de sa filmographie une œuvre phare, un authentique chef d’œuvre. Mais, à bien y regarder, Election constitue sans doute l’aboutissement de sa démarche.

Un successeur doit être nommé à la tête d’une triade. Deux candidats, interprétés par Simon Yam et Tony Leung (Ka Fai, celui de l’Amant donc …) vont s’affronter pour le Graal, symbolisé par un sceptre antique. Johnnie To décrit une lutte sans merci, une sourde confrontation. Election constitue quelque part une nouvelle matrice du film de pègre.

En premier lieu, le film est court. Les personnages se définissent dans l’action. Ce qui intéresse To, ce n’est pas le classique rise and fall ou les états d’âmes de ses protagonistes. Il est un cinéaste factuel. Il part d’un postulat fort, égrène ses péripéties, se fonde sur sa mise en scène. D’autres enchainent trente plans à la minute ou font tournoyer la caméra de manière ostentatoire. To découpe l’action. Il cadre large, pose sa caméra, gère admirablement l’espace.

La scène de combat à la machette en pleine rue est peut être le point d’orgue d’un film dans lequel aucun coup de feu n’est tiré. La mort s’amène sans fracas ni tonnerre. Mais à l’écran, la violence ne s’en trouve pas amoindrie. La sensation de réalisme prédomine. Johnnie To ne fait pas de mélodrame, n’opte jamais pour l’humour, évite la surenchère. Il s’attache à une minorité en quête de pouvoir et filme des psychopathes à hauteur d’homme. Le personnage de Simon Yam entre ainsi au panthéon de l’ambivalence.

Election est un long métrage épuré et puissant, à mille lieux de certains opus fun et inconséquents du cinéaste. Dans la vaste et riche filmographie du seigneur To, il domine d’une large tête le rang des polars urbains.

Greg Lauert

A savoir : Election est en fait un dyptique. La deuxième partie ne saurait être ignorée. Elle perpétue admirablement le concept du premier film.

ELECTION de Johnnie To // 2005 // 101 minutes // 2.35 : 1 // Avec Simon Yam, Tony Leung Ka Fai, Louis Koo, Nick Cheung, Ka Tung Lam.

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