[cinéphilie :] Céline Sciamma

20 Avr

Céline Sciamma (réalisatrice) était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, Tomboy (sortie 20 avril 2011). Une famille (papa+maman+deux enfants) vient de s’installer dans un ensemble d’immeubles ouvrants sur la verdure. La cadette n’a pas le droit de sortir seule, trop petite, mais l’autre a tôt fait de s’intégrer à une petite bande : tout le monde accepte Michael, surtout une charmante voisine. Difficile de parler du film sans trop en dévoiler, difficile aussi de voir le film –en ce qui me concerne- sans rien en savoir : les histoires d’impostures peuvent s’avérer difficiles à gérer, pour le spectateur comme pour le metteur en scène. Disons que là, la réalisatrice s’en est mieux sortie qu’une certaine spectatrice. Film carburant à l’urgence librement consentie et même souhaitée, Tomboy sera discuté lors de la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le 23 mars). En attendant, Céline Sciamma nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

MYSTERIOUS SKIN (Gregg Araki)

J’adore ce film. Je n’y pensais pas comme une référence, parce que je n’ai pas vraiment eu le temps de faire le tri dans mes références, ce qui était assez agréable, mais alors pour le coup, c’est vraiment un film sur l’enfance que j’aime beaucoup. C’est aussi un grand film sur l’adolescence. Et stylistiquement… Enfin, le film dans son esthétique est vraiment remarquable. Et il reste. C’est un film que j’aime vraiment beaucoup. Qui est très différent dans l’univers d’Araki : qui fait vraiment date. C’est un film qui m’avait beaucoup impressionné, que j’ai vu plusieurs fois. Et c’est marrant parce que je ne l’ai mentionné qu’en interviews : je n’y ai jamais pensé quand je fabriquais mon film.

PEAU DE COCHON (Philippe Katerine)

Alors : je n’ai pas vu Peau de Cochon. J’adore Philippe Katerine… J’ai déjà rencontré Philippe Katerine en revanche ! J’avais un projet avec lui, comme acteur… Je suis fan de son livre : il a fait un livre qui est comme un journal intime graphique, qui s’appelle… Faites travailler votre mémoire ? Un peu comme les jeux Nintendo, ça a le même nom que ça (NDLR : Dédoublez votre mémoire). Et je trouve que décidément, ce garçon, je n’ai pas vu ce film-là, mais il est talentueux partout. Il est bon dessinateur, bon chanteur, bon acteur. Et en plus, dans la vie, il est sympa.

BUGSY MALONE (Alan Parker)

Ah ouais ! J’adore Bugsy Malone ! Ah c’est marrant je n’avais pas pensé à ce film-là non plus. C’est un film que j’ai vu énormément de fois : je vois la descente d’escalier de Jodie Foster qui chante « My name is Tallula »… C’est vraiment un film que j’aime, parce qu’il n’y en a plus des films comme ça. Il y en avait beaucoup dans les années 80 : les films où les enfants sont des personnages, sont des héros. Je ne sais pas si c’est le fait que l’animation se soit beaucoup développée et que du coup les héros, maintenant, ce sont des petits animaux ou des robots ou des… Même si j’aime beaucoup ça aussi, mais il y avait vraiment des films avec des enfants qui partaient dans des aventures –que ce soit les Goonies, que ce soit E.T. J’avoue que moi, j’ai aussi un peu pensé à ces films-là en faisant Tomboy. Et d’ailleurs mon interprète, Zoé Héran, ressemble beaucoup à Elliot dans E.T.

DE BRUIT ET DE FUREUR (Jean-Claude Brisseau)

Eh bien c’est le seul Brisseau que je n’ai pas vu. Pile-poil. Je suis désolée ! Ça vous raconte un truc sur moi, c’est que je ne suis pas du tout une cinéphile hardcore. J’étais cinéphile hardcore pendant sept ans dans ma vie, à l’adolescence, et puis maintenant je suis un peu plus perverse polymorphe. Je ne vais pas au cinéma comme une dingue. Parce que je lis des livres, je lis des BD, je regarde la télé. Et du coup j’ai des lacunes. Qui me réjouissent ! Parce que des choses restent à voir. Mais dans ce genre d’exercice, du coup, je ne suis pas une super bonne cliente.

DEMI-TARIF (Isild Le Besco)

J’ai vu et j’aime beaucoup. Et alors ça, vraiment, c’est un film pour le coup où il y avait ce truc : ce qui m’avait vraiment touché, c’était ce côté implacable qu’elle avait avec les enfants. Montrer des enfants qui se rongent les ongles des pieds. Voilà. Ça, il y a un film sur Terre qui montre des enfants qui se rongent les ongles des pieds, c’est le film d’Isild Le Besco ! Et sur la fratrie, et sur cette chose assez physique de l’enfance, même si c’est l’enfance marginale, elle avait saisi un truc, le charisme de ce moment là. C’est un super film.

NAISSANCE DES PIEUVRES (Céline Sciamma)

Ah ben alors. Eh bien je l’ai vu. Je l’ai revu récemment plutôt –évidemment, je l’ai vu ! Du coup, je l’ai vu à la télé, comme un film. Pas comme un truc que j’avais fait –enfin, évidemment, je sais que je l’ai fait, mais j’avais du recul. Je me suis assez laissée prendre par l’histoire. C’est marrant, j’avais de la distance et je me disais : ah ouais, c’est quand même, c’est dur ce film. Et je crois que c’est aussi de là qu’est venue mon envie d’aller vers un film avec de la légèreté. Et voilà, le temps dira si c’était un péché de jeunesse.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s