Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 43)

2 Mai

// L’ANGLAIS – Steven Soderbergh //

Joe Pesci et Clint Eastwood enfin réunis.

Steven Soderbergh a probablement connu le succès trop tôt. Au début des années 90, il peine à confirmer la reconnaissance obtenue avec Sexe, mensonges et vidéo. La traversée du désert prend toutefois fin en 1997 avec Hors d’atteinte, brillante adaptation d’Elmore Leonard et premier rôle significatif de Clooney sur grand écran.

Revenu en grâce, le cinéaste stakhanoviste expose alors son modus operanti : pour chaque œuvre fastueuse et grassement produite, il  y aura un film mineur, intime, un terrain d’expérimentation.

Dans l’Anglais, Terence Stamp interprète un  truand britannique au regard bleu acier débarquant à Los Angeles pour élucider la mort de sa fille. A l’indolence de Peter Fonda, nabab dépassé et doucereux, il oppose son cockney slang, son ton cassant, sa démarche mécanique et sa rage.

Soderbergh confronte les icones 60’s et  fait de chaque rencontre un instant épique. L’anglais est stigmatisé dans le titre. En une poignée de mots, il se singularise dans la mégalopole californienne. C’est un étranger, un vestige de l’ancien monde. Stamp vient revendiquer une part de passé. Son enfant, qu’il n’a guère connu du fait de fréquents séjours à l’ombre, lui a été enlevé. En guise de cadeau d’adieu, il règle les comptes de sa fille. Il solde les rendez-vous manqués.

Le film confronte les lieux et les époques, dans les flashbacks, dans cette distance entre les personnages. Il est un rien passéiste, et carrément nostalgique. Le réalisateur américain rend hommage au polar british 70’s. Le rôle avait ainsi été écrit pour Michael Caine. Stamp n’a rien à lui envier. Il est minéral, inquiétant, et traduit avec aisance la mélancolie du récit.

Steven Soderbergh ne se contente pas de laisser travailler les comédiens. Il s’amuse à morceler sa narration, à décaler images et son. Il opte pour un montage abrupt, à coup de jump cuts que ne renierait pas Godard. Les années 60 ne sont jamais loin.

Avant de s’atteler à Erin Brokovich (avec Albert  Finney, icône répondant quelque part au choix de Terence Stamp), le cinéaste établit le nouveau départ de sa filmographie. Il prônera l’alternance, le plaisir et le goût du risque. Dans cette abondance de « films mineurs », l’Anglais tient une place de choix, pour son faux rythme et sa sincère tristesse.

Greg Lauert

A savoir : pour les flashbacks, Soderbergh opte pour des extraits de Poor Cow de Ken Loach, un film de 1967 mettant en scène un jeune Terence Stamp.

L’ANGLAIS de Steven Soderbergh // 1999 // 89 minutes // 1.85 : 1 // Avec Terence Stamp, Peter Fonda, Luis Guzman, Lesley Ann Warren, Melissa George.

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