[dvd:] BLOOD ISLAND – Jang Cheol-soo

5 Mai

Ed. Distrib film

Hae-won est une jeune employée de banque à la dent longue. Témoin d’une agression, elle refuse de porter secours à la victime, puis de témoigner par peur des représailles. Craignant pour sa sécurité, elle décide de répondre à l’invitation de son amie Bok-nam et de se faire oublier un moment sur l’île où elle passait ses vacances dans son enfance. Mais la situation là-bas est encore plus effrayante qu’à Séoul…

Jusqu’où un cinéaste peut-il aller pour illustrer son propos sans tomber dans la complaisance et discréditer sa démarche ? En face d’un film aussi borderline que l’est Blood island, cette éternelle question s’impose plus qu’elle ne se pose. Le propos ici est à peu près ceci : l’homme coréen est un salaud et la femme coréenne une victime consentante. L’un et l’autre vivent en harmonie dans un monde régit par la lâcheté et la domination. Parfois, poussée par les événements, une femme se résout à chambouler l’ordre établi. Qu’arrive-t-il alors ?

La démonstration passe par la mise en miroir de Bok-nam et Hae-won. Humainement, la pure et l’irrécupérable. Celle que l’on prend en sympathie et celle que l’on déteste à la première minute. Le calvaire et la terrible vengeance de l’une doit servir à la prise de conscience de l’autre. Cette façon très tranchée de concevoir les choses (on en sacrifie une pour sauver l’autre) se retrouve dans la manière d’isoler les deux femmes au milieu d’un panier de crabes indescriptible. Sur l’île, les hommes sont idiots, fainéants et violents avec les femmes. Les femmes sont idiotes, soumises aux hommes et violentes avec les plus faibles d’entre elles. A ce degré de subtilité, si le cinéaste est assuré de faire réagir son public (Blood island est un film qui recherche la réponse épidermique), il ne peut guère présumer par contre de l’indulgence de celui-ci. D’autant que le bougre systématise ce type de donne autant qu’il peut (voir les policiers qui laissent un marlou agripper violemment Hae-won à la gorge sous leurs nez mais empêchent celle-ci de se défendre !).

Au milieu de cet océan d’infortune et d’insécurité, signalons quand même que Blood island est un film joliment tourné, aux images et décors naturels somptueux. Sa partie slasher, cantonnée dans la dernière demi-heure est, en outre, dynamique et saignante à souhait… Mais à cultiver le grincement de dents avec une telle insistance, on s’expose à récolter une certaine méfiance quant à ses intentions.

Mathias Ulrich

 N.B. : Auréolé par le Grand Prix au dernier festival de Gérardmer et réalisé par un ancien assistant de Kim Ki-duk, partisan comme lui de prises de position casse-gueule et donc apte à faire débat dans les chaumières, on peut s’étonner que ce premier film de Jang Cheol-soo arrive chez nous directement en DVD, sans passer par la case salle.

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