Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 44)

9 Mai

// MEURTRE EN SUSPENS – John Badham //

Allo, Jacques Dessange ? Il vous reste de la place pour deux coupes hommes ?

John Badham n’entrera pas au panthéon du cinéma pour la marque indélébile qu’auront pu laisser ses films. On ne lui contestera toutefois pas un statut d’artisan appliqué.

Au milieu des années 90, il s’investit dans un projet singulier en compagnie de D.J Caruso. Il produit et réalise Meurtre en suspens, polar dont l’originalité tient alors au concept du temps réel.

Le film dure 90 minutes. Le récit s’étale sur 90 minutes. Les fans contemporains de Jack Bauer argueront d’un sentiment de déjà vu. Mais en 1995, les exemples de ce procédé appliqué à la fiction sont relativement rares. Robert Wise s’y est essayé avec brio pour The Set up. Les tentatives suivantes, et notamment La Corde, de Sir Alfred, impliquent souvent l’unité de lieu, et cèdent aux travers de l’immobilisme.

Badham ne tient pas une histoire révolutionnaire.

En gare de Los Angeles, un modeste comptable dont la petite fille a été enlevée se trouve dans l’obligation de commettre un meurtre. Il a un flingue et une heure et demi pour passer à l’acte. Il tourne en tous sens pour trouver un quelconque secours, mais la conspiration s’étend bien au-delà de ce qu’il aurait pu croire. A tout instant, il est guetté par un machiavélique Christopher Walken, prompt à surgir pour forcer le bras réticent.

Le vieux cabotin se laisse aller. Il est le pendant maléfique, le somptueux bad guy du récit. Il affectionne ces apparitions fractionnées, comme autant de scènes à voler au blanc-bec.

Johnny Depp est pourtant tout à fait convaincant. A cette époque, il cultive son côté lunaire chez Burton, Kusturica ou Jarmusch. On ne l’imagine pas en héros d’action. Mais il est déjà un interprète solide, susceptible d’apporter un réel contre-point à Walken.

Badham joue la carte du polar en huis clos, exploite habilement ce hall de gare, s’amuse de ces personnages esseulés dans la foule.

Dans les années 90, le genre peut rassembler les foules, drainer le public dans les salles. L’audience est nourrie de thrillers. En 2011, on en viendrait peut être à nier le potentiel commercial d’un tel projet, si l’on y associe pas l’un ou l’autre super héros en collant. Meurtre en suspens est pourtant un petit film imaginatif, qui démontre sans faiblir que le temps réel peut s’épanouir en salle, et pas uniquement sur un petit écran avec trois coupures pub.

Greg Lauert

A savoir : John Badham a construit une carrière de mercenaire de l’écran. Il a tout de même connu un très grand succès avec Saturday Night Fever en 1977

MEURTRE EN SUSPENS de John Badham // 1995 // 90 minutes // 1.85 : 1 // Avec Johnny Depp, Christopher Walken, Charles S. Dutton, Roma Maffia

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Une Réponse to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 44)”

  1. Boyan samedi 14 mai 2011 à 111144 #

    NICK OF TIME en anglais, qu’on peut traduire par « en un clin d’œil ».

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