Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.1)

12 Mai

« Chérie, je te jure que je ne laisserai jamais aucune femme se glisser entre nous »

Après la projection de Kung-Fu Panda 2 mardi soir en guise d’apéritif, les choses sérieuses peuvent commencer mercredi à 11h avec le nouveau Woody Allen présenté en ouverture, hors compétition.

Surement attentif aux critiques qui comparaient certains de ses derniers films européens à des commandes de l’office du tourisme, le réalisateur de Annie Hall commence sa dernière œuvre par plusieurs minutes musicales illustrées par des vues de Paris, circonscrites à Notre Dame, Saint Germain et quelques plans de la Place Vendôme. Cette audace est vite gâchée par une mise en place bavarde et peu inspirée, uniquement prétexte à projeter un Owen Wilson nostalgique et sur le point de faire un mauvais mariage (avec Rachel McAdams, quand même) dans le Paris des années 30, rempli d‘artistes tels que Bunuel, Dali, Fitzgerald ou Hemingway. S’ensuit un récit aussi paresseux que plaisant, où les seconds rôles, quand il sont bien employés (Adrian Brody, par exemple), emportent facilement la mise.

Comme la séance de presse du premier film de la compétition n’est qu’à 19h, j’ai le temps de papillonner au marché du film, qui propose un nombre assez considérable de projections pour un mercredi. The Woman, de Lucky McKee, adapté d’un roman de Jack Ketchum, fait rapidement passer le goût du Woody Allen. Dans cette fable moderne et glauque, un père de famille américain (Sean Bridgers, clone inquiétant de Will Ferrell) décide de séquestrer pour la civiliser (et pour d‘autres raisons inavouables), une femme élevée par des loups qu’il a trouvée dans la forêt. Si le point de départ du film met plutôt mal à l’aise, la progression des événements ne laisse aucun répit au public. Cette histoire fortement symbolique, qui aurait pu tourner à la parabole lourdingue, est transcendée par un cinéaste audacieux. Entre l’expérimentation sonore et la recherche constante des limites de ce que l’on peut filmer et montrer à son spectateur, Lucky McKee marche sur un fil très ténu et s’en sort admirablement.

Law Wing-Cheong, réalisateur et proche collaborateur de Johnnie To, s’en sort beaucoup moins bien avec son dernier opus, Punished. Si le film bénéficie de la patine habituelle des productions Milky Way, cette histoire de père vengeur, incarné par un Anthony Wong très sobre, s’embourbe dès le début dans des allers-retours présent-passé absolument sans intérêt. Cette façon maladroite de camoufler le vide d’un scénario très prévisible ennuie rapidement et un petit somme réparateur est bien utile pour tenir jusqu’à la fin.

L’ennui est également une des composantes du répétitif Sleeping Beauty (en photo) de Julia Leigh, premier film de la cinéaste australienne, qui marque le début de la compétition. En s’appuyant sur une mise en scène aussi minimaliste qu’élégante, la réalisatrice construit une série de vignettes censées décrire le parcours d’une jeune femme qui se livre à la prostitution avant de participer à des scénettes érotiques destinées à raviver un temps le désir de riches et vieux messieurs. Entre observation sociale et description d’un univers fétichiste quasi-onirique, Julia Leigh se perd dans un récit très vite dénué de tout enjeu, à part celui d’un suspense assez malsain dans les scènes qui donnent son titre au film.

Demain, les femmes seront encore à l’honneur dans la compétition et nous découvrirons, si tout se passe bien, We Need to Talk About Kevin, de la talentueuse Lynne Ramsay et Polisse, de Maïwenn.

François-Xavier Taboni

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5 Réponses to “Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.1)”

  1. Jer jeudi 12 mai 2011 à 140224 #

    Il a fallu que tu parles de Will Ferrell. Est-ce le gag récurrent de ce festival ?

  2. Greg LAUERT jeudi 12 mai 2011 à 150318 #

    L’avis négatif du Woody doit il être modéré par une de tes crises de narcolépsie cannoise ?

    Je le vois ce soir et j’ai déjà un peu peur.

  3. François-Xavier Taboni jeudi 12 mai 2011 à 170554 #

    Pour Will Ferrell, ça devrait être un one shot. Pour Woody Allen, j’avais l’impression d’être positif. J’ai du mal doser les compliments.

  4. Isabelle jeudi 12 mai 2011 à 180653 #

    Il faudra un jour se rendre compte que Woody Allen n’a plus d’idée et qu’il continue le cinema car cela fait partie de sa thérapie. Et nous, on n’est pas la pour le soigner. Pour moi, c’est la dernière fois. Sinon, c’est la deuxième année que je lis ce journal de festival et ça me plait. Sans grandes envolées, ni prétention, un vrai compte rendu. Mes compliments et donc, a demain!
    J’en profite aussi pour dire que je ne suis pas très fan des photos légendes. Ça ne renverse pas des montagnes. Par contre, je suis très impatiente de lire la suite de votre série sur les dilettantes. Très très intriguant et fascinant! Je termine mon bilan en disant que je n’ai pas d’avis sur les films dont on ne parle pas ‘ c’est très bien écrit mais je n’accroche pas plus que ça. Idem pour l’émission radio.

  5. Isabelle jeudi 12 mai 2011 à 180654 #

    Je vous salue affectueusement.

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