Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.2)

13 Mai

Bébé Cadum montre ses fesses à la police

Cela faisait neuf ans qu’on n’avait pas eu de nouvelles de Lynne Ramsay, depuis la sortie du très beau Voyage de Morvern Callar. C’est peu dire que sa première incursion dans la compétition était attendue. We Need to Talk About Kevin, où Tilda Swinton et John C. Reilly jouent les parents de Kevin, un adolescent meurtrier, est surprenant à plus d’un titre. Si la cinéaste fait une fois de plus preuve de maestria pour filmer l’errance d’une femme bouleversée par la perte d’un être cher, elle sait changer de registre et de style, quand il s’agit de raconter la relation, abimée dès le départ, entre une mère et son fils. La description de cette incompréhension et les conséquences terribles qu’elle engendre, donnent lieu à un film presque abstrait, où le portrait d’un enfant, puis d’un adolescent mutique ne déparerait pas dans un épisode de la série des Damien. La froideur de l’ensemble et l’imposante présence de Tilda Swinton empêchent parfois de s’investir plus qu’on ne le voudrait dans l’œuvre, mais le regard acéré de Lynne Ramsay vaut quand même qu’on passe deux heures avec l’énigmatique Kevin.

Gus Van Sant parle lui aussi d’adolescents en marge dans Restless, présenté dans la section Un Certain Regard. Mais le réalisateur de Psycho, qui raconte l’histoire d’amour entre un miraculé et une condamnée, ne provoque pas les mêmes sensations. Bien décidé à acclimater le récit de Love Story à son style, le cinéaste, toujours assisté par le chef opérateur Harris Savides, signe un film délicat dont les personnages un peu lunaires semblent tout droit sortis d’une production indépendante des années 90. On est quand même très loin de My Own Private Idaho, auquel cet opus fait souvent penser.

Après 1h30 d’attente, j’entre un peu à reculons à la projection de Polisse (en photo) de Maïwenn. Dès son générique percutant, la réalisatrice me fait oublier tout le mal que j’avais pu penser du Bal des actrices. En ancrant de façon très réaliste cette tranche de vie de quelques membres de la brigade des mineurs, la cinéaste s’inscrit dans la tradition de Police de Maurice Pialat et du Petit Lieutenant de Xavier Beauvois. Pour râler un peu quand même, il faut bien constater que le film est un tout petit peu trop long et que son dernier acte n’est pas à la hauteur de son éblouissante première partie. Mais son sujet choc, l’énergie de l’ensemble et son casting parfait devraient l’aider à ne pas repartir les mains vides à la fin du festival.

Après avoir fait l’ouverture d’Un Certain Regard avec Restless, je tente celle de Cannes Classics avec Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg. Projeté en présence du réalisateur et de son actrice principale, Faye Dunaway, le film accuse plutôt bien le poids des ans, grâce au jeu extrêmement moderne de Dunaway. Mais pour en juger, il aura fallu revoir trois fois le début du film, pour cause de gros problèmes de projection. L’occasion pour Faye Dunaway de signer quelques autographes et pour Thierry Frémaux de tenter , tant bien que mal, d’implorer la patience d’un public un brin agacé.

Demain, si les dieux du sommeil, de l’alcool et du cinéma le veulent bien, on parle de Habemus papam de Nanni Moretti, et de Footnote, de Joseph Cedar, apparemment la seule comédie de la compétition.

François-Xavier Taboni

Publicités

3 Réponses to “Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.2)”

  1. Greg LAUERT vendredi 13 mai 2011 à 130133 #

    Content de lire que tu prends le temps de passer à Cannes Classics.
    J’ai par contre entendu dire que Faye Dunaway n’était pas très contente du déroulement de la séance et qu’elle l’aurait fait savoir.

    Sinon, tu n’as pas vu d’autre film bavard et paresseux ? (je cite ton avis « positif » de la veille).

  2. François-Xavier Taboni vendredi 13 mai 2011 à 150334 #

    Il y avait de quoi être fâché, quand même. Le film a commencé avec 45 minutes de retard. On se serait cru à l’Etrange Festival. J’ai quand même dit « paresseux et plaisant » pour le Woody Allen, c’est pas si négatif, tu vois ? L’as-tu vu, finalement ?

  3. Greg LAUERT vendredi 13 mai 2011 à 160405 #

    Est ce que nous, on s’énerve, à l’Etrange, d’abord ?
    Faut lui arracher des cheveux rebelles à Faye, elle aime ça, c’est Roman qui le dit.

    Je l’ai vu, le Woody, je suis plutôt positif. Je n’en dirais rien de plus avant de m’exprimer à la radio. C’est tout de même bien plus agréable que sa sinistre comédie gériatrique londonienne de l’an dernier.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s