Journal d’un CUTien à Cannes (saison 4, ép.5)

16 Mai

« J’aime qu’on me beurre la biscotte. »

Le gros avantage des séances de presse de 8h30, c’est qu’elles se déroulent au Grand Théâtre Lumière et qu’il est plus facile aux journalistes sans grade d’y accéder. Leur gros défaut, c’est qu’elles se déroulent à 8h30.

Aussi, je laisse filer plusieurs minutes de The Artist (Compétition, notre photo) de Michel Hazanavicius, pour cause de sommeil en retard. Ce défaut de concentration ne nuit pas à la compréhension d’une intrigue assez simple. Cinéphile averti, Hazanavicuis s’est offert le plaisir de tourner un film muet en reproduisant le plus possible les conditions de tournage de l’époque. Mais son amour du détail et sa précision technique, qui étoffaient les intrigues fantaisistes des deux OSS 117, ne servent ici que d’écrin à un hommage bien trop respectueux à l’âge d’or du cinéma. Loin de l’irrévérence des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, The Artist est le devoir d’un élève soigné, qui ne parvient jamais à prendre ses distances avec l’objet de son affection.

Changement de registre à la Semaine de la critique, qui présente Take Shelter, le second film de Jeff Nichols (Shotgun Stories). Après les histoires de vengeances familiales de son premier film, le réalisateur se replonge, toujours en compagnie de Michael Shannon, dans l’Amérique profonde pour une histoire à la frontière du fantastique. Entre les références bibliques et un style classique et dépouillé, les cinéaste poursuit une œuvre très cohérente. L’histoire de ce père de famille tourmenté par des rêves apocalyptiques qui minent peu à peu la vie de son foyer est portée par un metteur en scène qui sait aussi bien traiter les scènes intimistes (aidé par un casting remarquable) que l’imagerie fantastique et inquiétante qui rythme son récit.

Bertrand Bonello est lui aussi habité par des visions. C’est évident à la découverte de L’Apollonide (souvenirs de la maison close), troisième entrée française de la compétition. Malheureusement, ce travail de plasticien peine à s’incarner dans ce film, où la vie d’une maison close est évoquée alternativement de façon réaliste et onirique. La chair est triste, hélas, et Bonello a lu tous les livres. Les références littéraires, picturales et musicales se bousculent dans un film à l’atmosphère pesante, dont les séquences, très inégales, irritent ou fascinent, selon l’état d’esprit. On peut quand même mettre au crédit du réalisateur de Tiresia d’exploiter pleinement le talent et la grâce de Céline Salette, qui trouve son meilleur rôle depuis Meurtrières de Patrick Grandperret.

Demain, on essaie de parler notamment de The Tree of Life de Terence Malick et d’Impardonnables, d’André Téchiné.

François-Xavier Taboni

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