[dvd:] MEAN STREETS – Martin Scorsese

18 Mai

Ed. Carlotta

Après une projection privée de Boxcar Bertha, le deuxième long-métrage de Martin Scorsese, John Cassavetes a pris Scorsese dans ses bras pour lui dire « Tu viens de passer un an de ta vie à faire de la merde. » Appuyé par John Milius, Cassavetes a conseillé Scorsese d’aller à l’essentiel, de faire quelque chose de plus personnel. Ce qui le motiva à terminer le script de Mean Streets qui sera réalisé en 1973.

Pour résumer le film, il se passe dans le quartier de Little Italy, à New York, et observe quatre amis malfrats qui vivent de combines. Charlie traverse en quelque sorte une crise spirituelle et, aidé par son oncle, a l’espoir de devenir patron d’un restaurant et ainsi d’avoir une meilleure vie. Mais il a Johnny Boy sous son aile qui vivote en collectionnant les dettes et créé une tension constante au sein du clan…

Si Mean Streets joue un rôle essentiel dans la carrière de Martin Scorsese c’est non seulement parce qu’il annonce son cinéma, mais aussi parce qu’il représente l’univers dans lequel le cinéaste a grandit. Ayant vécu dans le même coin que les personnages qu’il présente, à aucun moment Scorsese ne se fait juge de ce qu’il montre, il est plutôt un témoin privilégié qui a dû faire avec, se démerder pour ne pas sombrer dans le monde du crime organisé et n’avoir de dette envers personne. Le réalisateur n’échappe pas à un style documentaire qui sera présent dans bon nombre de ses prochains films ce qui renforce l’impression du spectateur d’être lui-même un « témoin ». Il tourne celui-ci dans son propre quartier à New York, filme les intérieurs à Los Angeles, le tout avec un budget de 500 000 $ et une équipe réduite dominée par des débutants.

Scorsese et son chef opérateur Kent Wakeford expérimentent, tentent des mouvements de caméra peu vus à l’époque, usent de la caméra à l’épaule (ce dont on n’avait pas encore l’habitude) pour renforcer le sentiment d’instabilité au sein du clan et le réalisateur de Shutter Island n’hésite pas à utiliser uniquement des musiques de groupes tels que les Rolling Stones ou les Ronettes pour appuyer son propos et renforcer le réalisme du monde qu’il décrit (ce qui était perçu comme un procédé original). De ce point de vue, un film comme Mean Streets épatera peut-être moins de nos jours qu’à l’époque, mais il garde une puissance indéniable. Il s’agit vraiment ici d’une « réalisation palpable », qui fait appel aux sens, qui reste très près de ses personnages, qui est totalement immergée dans son univers et évite de trop intellectualiser ses situations.

Il n’est pas possible de qualifier Mean Streets de « film de gangsters », ses personnages principaux ne sont pas des « gangsters » à proprement parlé, ce sont plutôt des « frères » qui tentent de survivre. Ce qu’il expose est très éloigné d’un film comme Le Parrain de Coppola, réalisé un an plus tôt, ou Les Affranchis que Scorsese réalisera un peu plus de quinze ans plus tard. Mean Streets ne peut avoir d’étiquette. Comme la vie, il ne se limite pas à un genre particulier. L’un des sentiments les plus forts que procure le film est celui d’être devant une « nécessité », un besoin viscéral de cinéaste. Besoin qui était déjà perçu dans l’intéressant Who’s that knocking at my door?, premier long-métrage de Scorsese réalisé en 1968, dont Mean Streets sera l’aboutissement, mais sera tout de même complété par un documentaire que le réalisateur fera en 1974, Italianamerican, dans lequel il interrogera ses parents concernant le quartier dans lequel il a grandit.

Il serait dommage de passer à côté des acteurs de ce film : Harvey Keitel qui, au-delà de son allure « ordinaire », se présente déjà comme un acteur singulier qui fait preuve d’un naturel et même d’un charme déroutants. Robert De Niro, après avoir fait ses premiers pas aux côtés de Brian De Palma dans les confidentiels Greetings et Hi, Mom!, se présente ici comme la claque du casting, jouant son personnage paumé infiltrant l’anarchie au sein de son clan avec une sensibilité et une énergie hors-norme qui annonce l’explosion de Taxi Driver.

Le dvd édité par Carlotta rend justice à Mean Streets qui ne connaissait chez nous que deux pauvres éditions de supermarché désormais enterrées. Le film est proposé dans une jolie copie dans son format d’origine et les bonus, alléluia, demeurent tous très intéressants : nous passons d’un entretien audio de Martin Scorsese qui raconte les origines du film, en poursuivant par une interview de Kent Wakeford, le directeur de la photographie, qui raconte le processus de tournage, en faisant un petit détour dans le quartier de Little Italy de nos jours et pour arriver sur les images de Scorsese tournées en Super 8 qui ont servi au générique de début de Mean Streets.

Rock Brenner

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