Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 47)

30 Mai

On lui avait bien dit de raser sa moustache avant d'aller en prison

// TANDEM – Patrice Leconte //

Pour Patrice Leconte, Tandem est le film du virage, le départ d’une nouvelle carrière, l’affirmation de velléités d’auteur.

De la fin des années 70 à la première moitié des années 80, il est au service de la nouvelle comédie française, du Splendid, puis enfin de Michel Blanc en solitaire. Les spécialistes vient en 1985 confirmer sa propension à divertir et à s’accommoder du succès des autres.

Deux ans plus tard, Leconte le faiseur signe un splendide road movie dépressif, un écrin de choix pour un comédien d’exception.

Tandem, c’est l’histoire d’un animateur radio sur le déclin. Il trimballe son émission de bourg en bourg depuis 30 ans. Il est un visage, une voix, un sujet de moquerie affectueuse. Michel Mortez est joueur, dépressif, cinglé, mégalomane. Son assistant accompagne cette déchéance, et lui cache l’arrêt programmé de son émission ringarde. Ensemble, ils écument les hôtels de province et des villes anonymes que n’aurait pas reniées Simenon.

La dynamique douce amère du duo serait plutôt à chercher du côté de la comédie italienne. Leconte renie quelque part l’héritage des Bronzés. Il lorgne du côté de Dino Risi, Ettore Scola, Mario Monicelli. Rochefort, dans le rôle d’une vie, se fait tour à tour grotesque, surréaliste, sinistre et fascinant. Si son Mortez offre les mêmes contrastes que le personnage de Gassman dans Le fanfaron, Tandem s’affranchit de l’écrasant soleil romain.

Leconte filme des ciels bas et gris, des routes qui ne mènent nulle part, des gaz d’échappements et des lieux détrempés par la pluie. Le texte est brillant, la mise en scène inspirée. Le réalisateur surprend.

Surtout, il offre là un trait dominant de son œuvre. Par delà les infâmes conneries comme Une chance sur deux, Leconte est un cinéaste spectateur. Il est amoureux de ses comédiens. Qu’il s’agisse de Rochefort, Marielle, Noiret, Auteuil, il s’abstient peut être de diriger. Il offre une scène, un piédestal, une fenêtre d’expression. Si le matériau le permet, l’acteur vole le film, se sublime, cultive sa légende.

Parfois, en évoquant certains comédiens, on en vient à s’interroger sur la matrice de leur succès, sur ce qui les a portés là. Quand on pense à Rochefort, on peut aisément évoquer Tandem.

Greg Lauert

A savoir : Leconte avait déjà dirigé Rochefort dans son premier film en 1976. Il évoque souvent une collaboration bien plus difficile et conflictuelle, pour une réussite moindre.

TANDEM de Patrice Leconte // 1987 // 86 minutes // 2.35 : 1 // Avec Jean Rochefort, Gérard Jugnot, Jean Claude Dreyfus.

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Une Réponse to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 47)”

  1. FM lundi 30 mai 2011 à 150338 #

    L’allusion aux films italiens et tout à fait juste. J’ai vu Tandem doublé en italien, ça saute encore plus aux yeux. Très judicieuse remarque.

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