[dvd :] PANIC SUR FLORIDA BEACH – Joe Dante

5 Juin

Éd. Carlotta

Floride, octobre 1962. En pleine crise des missiles de Cuba, alors que la population américaine est plongée dans la paranoïa, Gene, un adolescent solitaire, attend avec impatience l’arrivée de son idole, le réalisateur Lawrence Woosley, qui doit venir présenter son nouveau film, L’homme-fourmi, dans la petite ville de Key West. Une fois dans la place, Woosley va habilement user de la confusion ambiante pour finir par créer un véritable vent de panique…

Dans la longue interview disponible en supplément sur le DVD, Joe Dante décrit Panic sur Florida Beach comme son film le plus personnel. En 1962, il avait à peu près l’âge de son personnage principal et, comme lui, il adorait les films de monstres. Cette empathie avec son sujet est sans doute le ciment de la réussite du film. Parce que les longs métrages sur l’adolescence – les anglo-saxons utilisent l’ expression coming of age, le temps des premiers émois sentimentaux et des premières prises de responsabilités – sont souvent prétexte à avalanche de paternalisme et de démagogie et ne sont pas facile à réussir. Mais Dante connait son affaire quand il s’agit de diriger des jeunes comédiens et, surtout – qualité rare – il se souvient qu’il a eu cet âge-là. De plus, il trouve le juste équilibre dans le temps accordé à l’écran entre personnages de jeunes et d’adultes. Et on en arrive à l’un des points fort de l’œuvre : John Goodman. Corps de cinéma exceptionnel (y a t-il un autre « gros » qui possède une telle prestance ?), il est parfait en Lawrence Woosley, le réalisateur-camelot-bidonneur génial, irresponsable et truculent. La ressemblance avec William Castle, auteur de La nuit de tous les mystères et du Désosseur de cadavres et inventeur d’une certaine forme de cinéma interactif n’est évidement pas fortuite et rajoute au sentiment de nostalgie ambiant.

Le film est aussi un retour sur ce que fut la grande psychose américaine durant les années 50 et 60 : la peur de la guerre nucléaire, cette gigantesque et dérisoire paranoïa, savamment entretenue par les autorités (le conflit Est-Ouest n’avait objectivement que peu de chance d’avoir lieu). Une parenthèse difficilement compréhensible aujourd’hui, aux effets autrement plus drôles que l’actuelle peur de l’islam (gestes à faire en cas d’attaque de missiles, abris anti-atomique qui florissaient au fond des caves des pavillons de banlieue…). Dante parvient à la restituer avec le juste dosage de finesse – nombre de gens ont cru pour de bon que l’heure du jugement dernier avait sonnée lors de cette crise des missiles – et de distanciation amusée.

L’addition de tous ces éléments donne un film authentiquement en marge, qui s’avéra malheureusement « invendable », selon ses producteurs, et ne rencontra – assez logiquement – lors de la quasi non-exploitation commerciale qui s’ensuivit, aucun succès public.

Les suppléments ne sont pas en reste avec, en plus de la chouette interview de Joe Dante, l’intégralité des scènes de L’homme-fourmi, l’hilarant film dans le film, un making-off d’époque et des bandes-annonces.

Mathias Ulrich

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