Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 48)

6 Juin

// GLENGARRY GLEN ROSS – James Foley //

"Mais puisque je te dis que je suis ton père!"

James Foley, qui a connu la gloire avec le très efficace At close range semble au début des années 90 un choix judicieux pour mettre en scène les confrontations viriles. Pourtant,  sa renommée s’efface sur ce projet derrière celle de David Mamet. Glengarry est l’œuvre des premières gloires pour le dramaturge américain. En 1984, il remporte pour cette pièce un prix Pulitzer. Cette reconnaissance lui ouvrira les portes du cinéma, pour des succès divers et variés. Pourtant, l’œuvre met quelques années à franchir la frontière de l’écran.

Mamet doit réécrire le matériau original, jugé trop court, et l’étoffer des quelques scènes supplémentaires. Ce type de transition s’avère rarement bénéfique. Pourtant, dans le cas présent et selon certains observateurs avisés, le scénario serait encore meilleur que la pièce originale. Ce scénario, justement, apparait comme un incroyable modèle, une écrasante référence.  On pourrait craindre que cette histoire d’agents immobiliers luttant sous la pression de leur hiérarchie pour la vente de quelques terrains n’ait qu’un potentiel commercial très limité. Mais d’un postulat assez vague, d’une promesse de métrage bavard, Mamet tire une tragédie moderne. Les mots sont des armes. Il en use, en abuse. Il les place dans la bouche d’incroyables francs tireurs.

A l’écran, les légendes s’entrecroisent. Jack Lemmon joue de son âge et d’une assurance qui se défausse, Pacino de sa verve et de son écrasant charisme, Ed Harris et Kevin Spacey d’une ambigüité acquise au fil de seconds rôles peu gratifiants. Les lions sont lâchés dans la fosse. L’auteur a sauvegardé l’unité de temps, de lieu. A la partition, James Newton Howard se révèle jazzy et classique à la fois. Il souligne la nostalgie du texte.

Mamet est un auteur mécanique. Il construit habilement, il fonde le rythme de son récit sur une tension permanente. Les acteurs, eux, jouent la carte de la férocité. Les dialogues, virtuoses, explosent dans leur bouche. Le film n’est qu’une succession d’humiliations, de voies sans issues, de confrontations violentes et stériles. On perçoit l’échec et la misère des personnages dès les premiers plans.

Ces vendeurs appliqués supplient, s’enragent, cèdent. Ils veulent garder un job, figurer sur un tableau, convaincre et se convaincre. Le fric, ils n’en veulent pas tant que ça. Tout est question d’égo. Les hommes sont poussés au gain comme ils seraient poussés au crime. Et la différence n’est pas si évidente dans cette vaste comédie humaine.

Greg Lauert

A savoir : Alec Baldwin, qui intervient pour une scène mémorable, avait la garantie qu’en cas de refus de Pacino, il obtiendrait le rôle de Richard Roma. Le grand Al a toutefois répondu présent.

GLENGARRY GLEN ROSS de James Foley // 1992 // 100 minutes // 2.35: 1 :/ Avec Al Pacino, Jack Lemmon, Alec Baldwin, Alan Arkin, Ed Harris, Kevin Spacey

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