Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 49)

14 Juin

// THE PROPOSITION – John Hillcoat //

La nouvelle pub Levis peut surprendre.

Depuis Ghosts of the civil dead, réalisé en 1989, John Hillcoat avait disparu de la scène cinématographique. Il se tournait alors vers la réalisation de clips pour Depeche Mode ou pour son acolyte Nick Cave. Le cinéaste australien revient sur grand écran en 2005 avec The Proposition, une œuvre singulière, à la fois classique et résolument moderne. Il contacte bien sûr Nick Cave afin d’en composer la bande originale. Ce dernier lui propose d’emblée d’écrire le scénario, et s’exécute en trois semaines à peine. Le résultat ressemble à une ballade du chanteur des Bad Seeds : irrémédiablement nostalgique et sentencieuse sans être dépourvue d’humour.

Le film est doublement singulier pour un cinéaste sur le retour. En premier lieu, il s’agit d’un western, genre tombé en désuétude depuis plusieurs décennies. Ensuite, le western en question se déroule dans l’outback. Le cadre n’a rien à envier au légendaire Far West américain, et le spectateur peut légitimement s’interroger sur le fait que le genre n’ait pas été plus prisé des cinéastes australiens. La nature hostile, la solitude face à l’immensité, le rapport aux natifs sont des thèmes qui parcourent bien souvent le cinéma australien, mais rares sont les films assumant pleinement l’héritage cinématographique.

Dans The proposition, un officier anglais, interprété par l’imposant Ray Winstone, tente de convaincre Guy Pearce de le mener à son frère, immonde chef de gang local. Le film se fonde sur un postulat historique : à la fin du XIXème siècle, la vaste contrée australienne accueillait les rebuts de l’Angleterre Victorienne. Winstone, brut et incorruptible, est un bien étrange pacificateur. Il traque les bandits australiens pour nettoyer cette terre de sang. Le comédien induit une ambigüité salutaire, il véhicule l’hypocrisie du propos. C’est un nouvel éclairage sur le perpétuel combat entre la sauvagerie et une civilisation forcenée.

Hillcoat ne choisit pas, son choix se porte sur chaque aspérité. Le film est résolument réaliste. Les costumes rapiécés, les accents abrupts, les visages burinés dominent l’écran. Les comédiens sont à l’aise dans ces rôles. Ce ne sont pas des débutants. Danny Huston, John Hurt et bien sûr Winstone et Pearce savent faire parler les corps, user de leurs gueules.

Pour sublimer le propos, Hillcoat peut compter sur la partition bénie de Nick Cave et Warren Ellis. La musique tient une place fondamentale dans le film. L’association des deux musiciens offre un résultat unique, hors du temps, très loin des standards lyriques du western américain. La bande originale une plus value indéniable. Elle définit le ton du film. Ces cordes lancinantes, ces percussions hypnotiques mènent au maitre-mot : désenchantement.

Greg Lauert

A savoir : après être resté quatre ans inédit sur nos écrans, The proposition est sorti très discrètement dans les salles françaises en décembre 2009, dans la foulée d’une autre œuvre essentielle d’Hillcoat : The Road.

THE PROPOSITION de John Hillcoat // 2005 // 104 minutes // 2.35 : 1 // Avec Ray Winstone, Guy Pearce, Danny Huston, Emily Watson, John Hurt.

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