Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 51)

27 Juin

// LIFE LESSONS – Martin Scorsese //

Les Marx Brothers se reforment après une longue séparation.

Life lessons est le premier segment du film à sketchs New York Stories. Si les parties réalisées par Francis Ford Coppola et Woody Allen relèvent de la simple anecdote, Scorsese met tout son talent au service de son moyen métrage.

Le scénario de Richard Price, qui avait notamment signé La couleur de l’argent quelques années plus tôt, serait librement inspiré du Joueur de Dostoïevski. En l’état, il semble surtout proche des aspirations de Martin Scorsese, de sa vie, de sa fièvre, de son impossible dissociation avec l’art qui le consume.

Nick Nolte y interprète un peintre névrosé, dominant, égoïste. Il connait un succès démesuré, se joue de la pression de ses commanditaires. Il s’engage dans une relation passionnelle avec sa jeune assistante. Celle-ci cède à son pygmalion, souffre de ses exigences, de son égo, de son instabilité. Au fil du métrage, il apparait évident que le personnage de Nolte n’est pas simplement sentimental. Son désir nourrit son art. C’est une passion de façade, parce que l’artiste ne reste lié qu’à son mode d’expression. Ces tempêtes, ces sentiments exacerbés lui permettent de travailler, de se sublimer. C’est son moteur.

Si le protagoniste est peintre, on peut bien sûr trouver dans ce récit une métaphore du cinéaste. Scorsese, dans les années 70 et 80, n’a jamais caché son caractère autodestructeur. Il s’incarne dans Jake La Motta, comme dans Lionel Dobbie. Son cinéma se veut à l’image de sa vie : furieuse et rapide. Il a souvent concédé qu’il se pensait alors vouer à mourir jeune. En 45 minutes, il prouve que la durée ne fait pas la valeur d’un film. Sa mise en scène, d’ordinaire percutante, frontale, avec ses travellings violents, ces inserts en forme d’impacts passe la vitesse supérieure. Life lessons est une débauche d’énergie, de musique, de couleurs. Nolte est survolté. Il peint, il aime, il fume. Il ne dort pas, ne s’assied jamais. L’œuvre est prise d’un mouvement furieux. C’est un perpétuel pas en avant.

Dans son moyen métrage, Woody Allen se moque de la psychanalyse. Scorsese semble au contraire opter pour sa propre analyse. Il dresse un portrait sans concession de l’artiste qui phagocyte son entourage, se nourrit de ses proches et provoque des guerres pour les coucher sur une toile, ou peut être sur pellicule.

C’est un constat débarrassé de rédemption. Dans le dernier plan, Nolte, les yeux avides, dévore déjà une nouvelle proie.

Greg Lauert

A savoir : il s’agit d’une des premières apparitions de Steve Buscemi à l’écran. Il interprète un jeune comédien et écrit lui-même le court spectacle que l’on entrevoit dans le film.

LIFE LESSONS de Martin Scorsese // 1989 // 45 minutes // 1.85 : 1 // Avec Nick Nolte, Patricia Arquette, Steve Buscemi, Illeana Douglas.

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