Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 52)

4 Juil

// LE FESTIN CHINOIS – Tsui Hark //

Comment ça, c'est moins romantique que Chungking Express ?

Le festin chinois a été tourné en 1995 mais n’est sorti sur nos écrans que trois ans plus tard, à l’heure de la reconnaissance critique du fondamental nabab du cinéma de Hong-Kong. Pour Tsui Hark, il s’agit d’un film ambivalent, qui marque à la fois la confirmation d’un style et un épanouissement hors du Wu Xia Pian.

Le cinéaste aborde un thème inédit en s’attachant à une histoire de cuisine. Pourtant, aucun élément relevé dans ce Festin chinois n’apparait réellement neuf. Il s’est montré maître de la romance, virtuose dans l’action, habile dans l’humour à bien des occasions. Si le ton burlesque apparait là plus marqué, au point d’évoquer certains standards du muet, ce foutoir généralisé ne saurait surprendre ses aficionados. Le producteur-réalisateur a toujours eu beaucoup de mal à s’attacher à un genre précis, à ne suivre qu’une ligne de récit par film. Le foisonnement, le grand bordel, l’ambition démesurée et bien souvent assumée sont devenus ses marques de fabrique.

Cette folie gagne sa mise en scène. La période est propice à ses expérimentations  graphiques. Le film suit donc le rythme de ses autres long-métrages, alternant entre morceaux de bravoure, coup de mou et errements narratifs. Ce qui importe, justement, c’est le morceau de bravoure, le climax de l’action. Ici, il ne s’agit pas d’un combat de sabre ou d’un duel avec Jet Li, mais de la préparation d’un plat, au cœur des flammes et de la sauce soja.

Si le concept est déconcertant, le résultat serait presque familier.

Un jeune usurier et une apprentie chanteuse sont confrontés à un maitre de la cuisine dans l’organisation d’un somptueux festin. Ils sont proprement incompétents et cherchent donc l’aide d’un virtuose propre à les seconder. Ils vont sortir de sa retraite un génie culinaire déchu, et lui offrir rédemption et réhabilitation. Le Drunken Master retrouvera sa superbe.

Le récit initiatique menant au duel final et à l’accomplissement des laissés pour compte est un ressort classique du film de Kung Fu. Tsui Hark connait la dynamique du genre. Le défi tient dans le fait de remplacer l’épée par le wok. Mais le cinéaste filme la cuisine comme il aborde son genre de prédilection, avec ces angles improbables, ces mouvements d’appareil fabuleux.

Ce qui définit son cinéma, c’est cette incroyable énergie, cette volonté de plier le récit, quel qu’il soit, à ses élans de mise en scène. Le clivage des genres, Tsui Hark s’en moque. Il est le méta-réalisateur. Il filme pour la beauté du geste, pour ne pas oublier et ne pas être oublié du cinéma.

Greg Lauert

A savoir : les mets cuisinés dans le film, comme la trompe d’éléphant, la patte d’ours ou la cervelle de singe sont des plats traditionnels de l’Antiquité chinoise.

LE FESTIN CHINOIS de Tsui Hark // 1995 // 100 minutes // 2.35 : 1 // Avec Leslie Cheung, Kenny Bee, Man Cheuk Chiu, Ka Kui-Ho

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2 Réponses to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 52)”

  1. Reda lundi 4 juillet 2011 à 231133 #

    Découvert sur Arte en 2006 avec des yeux gros comme oO.

    THRTW.

  2. Greg LAUERT mardi 5 juillet 2011 à 80835 #

    Voilà, ca fait un an.
    52 chroniques.
    On parlait de s’arrêter là.
    Et puis non, on va continuer encore un peu ….. j’ai encore quelques titres sous le coude et ça me ferait mal de les laisser là.
    Donc, comme Romain me laisse la parole chaque lundi, j’en profite encore quelques semaines.

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