[dvd :] COFFRET BELA LUGOSI – L’immortel

7 Juil

Artus Films Editions

Lon Chaney, Bela Lugosi, Boris Karloff : à eux seuls, ces trois acteurs ont écrit les lettres de noblesse d’un genre populaire et exigeant, celui de l’univers horrifique. A tel point qu’ils se passèrent parfois le flambeau, comme lorsque Bela Lugosi refusa d’interpréter le rôle de Frankenstein, laissant ainsi la voie libre à Boris Karloff, pour une version magnifique du roman de Mary Shelley, tournée par James Whale (1931).

Dans un coffret, Artus Films a réuni trois œuvres restaurées où figure Bela Lugosi. A chaque édition, ces résurrections ont valeur d’événement. Beaucoup de films de Bela Lugosi ont disparu ou sont en si piteux état qu’il n’est plus possible de leur redonner une nouvelle jeunesse.

Au programme donc, White Zombie (Les Morts-vivants) de Victor Halperin (1932), The Mysterious Mr Wong de William Nigh (1934) et Voodoo Man de William Beaudine (1944). Les deux derniers sont inédits en France.

White Zombie

White Zombie raconte comment, à Haïti, un être maléfique utilise les hommes zombies comme des esclaves et les femmes d’outre-tombe comme des beautés réduites au silence. Dans le monde des zombies, la ségrégation a la peau dure : les Noirs triment dans les plantations la nuit et la femme objet est érigée au rang d’icône. Victor Halperin use à l’envie d’images en surimpression pour imposer à l’écran le regard sombre et hypnotique de Bela Lugosi. Comme souvent à l’époque, la fin est abrupte, les mœurs policées le seul baiser est « judicieusement » interrompu par une plaisanterie d’un personnage. Même avec le recul, on frisonne encore à l’évocation de cet univers nocturne et inquiétant, bien servi par le noir et blanc.

The Mysterious Mr Wong

Rien à voir avec The Mysterious Mr Wong, dans lequel Bela Lugosi, fine moustache mandarine et petit chapeau, joue un perfide Chinois qui veut régner sur un empire en récupérant des pièces de monnaie aux vertus magiques. Les morts s’accumulent et l’intrigue se situe dans le créneau des polars exotiques. Une mode des années 1930, qu’on retrouve aussi en littérature (Macao, enfer du jeu, de Maurice Dekobra, 1938). A noter que Bela Lugosi n’y a pas le premier rôle. Il partage la vedette avec le couple formé par deux enquêteurs sympathiques (un journaliste et la secrétaire de son journal), qui apporte une dose d’humour et de glamour.

Voodoo Man enfin, forcément plus moderne sur le plan technique, rappelle White Zombie par certains aspects : des femmes hypnotisées et manipulées par la pensée déambulent de manière somnambulique, semblant obéir au vieil adage : « sois blonde et tais-toi ». Le film est d’ailleurs vendu sur ce thème. La bande annonce promet : « de belles zombies à la merci d’un homme fou ». Tout cela reste bien sobre à l’image, pudibond même (la censure sévit) . Bela Lugosi joue le méchant, promenant ses longues mains et ses yeux de braise sur des personnages dépassés par son implacable cruauté.

Un documentaire de 52 minutes relate le parcours de Bela Lugosi, sur le plan professionnel comme privé. L’acteur, monstre du cinéma (sic) était également séducteur et multipliait les mariages : réputé bon amant, mais mari compliqué, il ne trouva le bonheur que tardivement. Moins porté sur le maquillage et la transformation que Lon Chaney et Boris Karloff, il misait plutôt sur un jeu expressif, venu de son expérience au théâtre où il figura dans les grands classiques et des comédies romantiques, bien loin des morts-vivants qui firent sa gloire et sa fortune. Des rôles sombres dont il n’a jamais pu s’affranchir.

Franck Mannoni

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