[cinéphilie :] Mia Hansen-Løve

9 Juil

Passe ton bac d'abord !

Mia Hansen-Løve (réalisatrice) était à Strasbourg pour présenter Un amour de jeunesse (sortie le 6 juillet 2011).

1999. Camille (15 ans) aime Sullivan (19 ans). // 2003. Camille (19 ans) rencontre Lorenz (la quarantaine heureuse). // 2007. Camille (23 ans) aime Lorenz et revoie Sullivan, son amour de jeunesse.

Après Tout est pardonné et Le père de mes enfants, Mia Hansen-Løve, la grâce et l’élégance en bandoulière, boucle son inattendue trilogie sur l’adolescence, le passage du temps et l’abandon. Un amour de jeunesse est un film d’une limpidité telle qu’il intrigue. On y voit clair, jusqu’aux ténèbres. Du péril peut naître le salut.

Mia Hansen-Løve se prête au jeu de la cinéphilie et nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

LA BALLADE SAUVAGE (Terrence Malick)

J’ai adoré ce film. Terrence Malick fait partie des cinéastes qui m’ont marquée, très tôt. Ce qu’il me reste de plus fort du film, c’est la comédienne… Sissy Spacek. Quelque chose d’unique, sa rousseur, sa grâce, ce qu’elle a d’inquiétant. C’est pour moi un modèle ; ce qui est un modèle, ce n’est pas un comédien en particulier, c’est de faire des films où quelque chose d’absolument singulier se dégage du choix des acteurs. Tous les cinéastes ont leur type d’acteurs. Je me suis par exemple fait la réflexion avec Philippe Garrel ; chez lui, c’est vraiment la femme brune, pas forcément brune, mais avec les cheveux épais, un peu épaisse, avec de grandes épaules, très belle mais un peu masculine. Chez Malick c’est pareil. C’est un peu des rousses, c’est un détail, ça peut paraître anecdotique mais ça fait partie de l’identité des cinéastes.  La fascination pour un type de physique, un type de femmes. On ne sait pas soi-même ce qui nous plaît, mais quand on se donne la liberté de choisir ses acteurs pour ce qu’ils sont et pas pour des raisons économiques, on voit une idée commune se dégager. Pour moi, par exemple, j’ai l’impression que le personnage de l’adolescente dans mes trois films (Pamela, Clémence et Camille) est une déclinaison d’une seule et même personne.

ANDREI ROUBLEV (Andreï Tarkovski)

Ca rejoint Terrence Malick, très indirectement. Je n’ai pas un souvenir précis du film, plutôt des sensations. C’était magnifique.  Je vais digresser et je m’en excuse – mais c’est la seule façon d’être spontanée ; quand j’ai vu Tree of life, j’ai eu une vision, et je suis absolument sûre de moi ! Peut-être que je me trompe, mais quand même, je suis absolument sûre de moi : je pense que Tree of life est la version à lui du Miroir de Tarkovski. C’est une manière intéressante de l’aborder car ça casse l’idée qu’on a d’un film, beaucoup critiqué, dont on retient la grandiloquence, le système hollywoodien ou la présence de Brad Pitt. Mais c’est surtout un film expérimental. Et c’est un film sur la fascination pour la mère. J’ai éprouvé les mêmes sensations en voyant les deux films, racontés du point de vue d’un enfant avec cette vénération pour la mère. Je mélange un peu les films de Tarkovski.

TOUT EST PARDONNE (Mia Hansen-Løve)

Difficile de parler de ses films. Pour moi, c’est le jumeau d’Un amour de jeunesse. Mes trois films forment une trilogie, un arc. Ce qui me reste de Tout est pardonné, parce que je ne revoie pas mes films, je le ferai peut-être dans 20 ans, mais ce qui me reste le plus peut-être parce que pendant les projections publics on arrive à la fin du film, c’est le souvenir de Pamela qui s’enfonce dans la forêt. Pour moi, il y a un fil invisible qui lie les films, comme une entrée de champ / sortie de champ. Les trois films sont liés, de façon organique. C’est presque un film en trois parties. Et là, pour mon prochain film, je pars sur autre chose. Même si on reste la même personne. Je continuerai à parler du passage du temps, parce que ça fait partie de mon inspiration, et je continuerai à faire des films avec des acteurs non connus.

CUT : Faire des films sans choisir d’acteurs connus, c’est un manifeste ?

Mia Hansen-Løve : Oui… Un petit peu. Peut-être qu’un jour, je changerai d’avis. En plus, il y a plein d’acteurs connus que j’admire et avec qui je rêverais de travailler. Mais c’est vrai que mine de rien, et ça n’a rien d’agressif – donc nul besoin de revendiquer, néanmoins aujourd’hui, faire non pas un film mais plusieurs sans acteurs connus, persister, et les faire dans de bonnes conditions et pas misérablement sous prétexte qu’il n’y a pas de tête d’affiche, c’est un combat, un défi ! C’est quelque chose que je suis prête à revendiquer comme politique. Je ne fais pas un cinéma politique, mais s’il y a une petite chose qui l’est, c’est bien ça. Et puis aussi, je me sens très seule en ce qui concerne l’appréciation du jeu. Il y a plein de choses sur lesquelles je ne suis pas sûre de moi, sur la technique, la mise en scène, je tâtonne… Mais il y a une chose dans laquelle j’ai confiance en moi, c’est la direction d’acteurs. Je ne parle pas que pour mes films, mais en tant que spectatrice aussi. Et là, je me sens très seule ; des acteurs dont tout le monde se fout me fascinent et d’autres sont couverts d’éloges alors que je les trouve sans finesse, sans talent, sans intériorité. J’ai l’impression de ne pas être sur la même longueur d’ondes. Je travaille avec des acteurs qui font rarement le consensus autour d’eux. Et que moi, je trouve magnifiques.

HADEWIJCH (Bruno Dumont)

(Long silence) Je suis partagée avec son cinéma. Je suis très admirative de son talent, de la force de ses plans. Je pense que c’est un grand cinéaste, surtout formel. J’ai plus de mal avec ce que racontent ses films. Je suis très vite mal à l’aise. Peut-être est ce parce que je ne les comprends pas ? Ou alors, ce que je crois comprendre me déplaît fortement. Ca m’a fait le coup sur Hadewijch. Je sens trop la manière dont le film est construit pour aboutir à une explosion de violence, j’ai l’impression que ses films reposent sur ce même procédé et c’est parce que c’est un procédé que ça me dérange. Mais je trouve l’actrice formidable, elle a un truc bressonien incroyable. Dès la photo on sent ça. Dumont a un talent incroyable pour le choix des acteurs, un parti pris radical assez rare en France.

Propos recueillis par Romain Sublon

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Une Réponse to “[cinéphilie :] Mia Hansen-Løve”

  1. Arthur samedi 9 juillet 2011 à 190711 #

    Mia Hansen Love est une cinéaste passionnante. J’ai lu ses entretiens dans Libé, Le Monde et je l’ai écouté à la radio. Elle répond aux questions, s’investit, écoute… C’est devenu rare. On retrouve ça dans votre « cinéphilie ». Un exercice parfois anecdotique et parfois pertinent. Ici, avec une telle cinéaste, il prend sens!
    Il faut voir Un amour de jeunesse, un film exaltant!

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