Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 55)

25 Juil

// WHITE DOG – Samuel Fuller //

Le toutou à sa mémère.

White Dog a marqué de manière indélébile la fin de carrière de Samuel Fuller. Le film est pourtant plus souvent évoqué pour sa distribution très chaotique que pour ses qualités cinématographiques. Cette histoire de chien dressé à tuer les noirs est une métaphore violente du racisme. En 1982, le studio Paramount est effrayé de la controverse annoncée, et fait le choix de ne pas distribuer le film en salle sur le sol américain. Le long métrage a toutefois bénéficié d’une faible exposition sur les marchés français et anglais, et a précipité l’exil définitif du gigantesque Sam Fuller dans nos contrées.

L’homme au cigare et au verbe infatigable, qui a commencé sa carrière comme chroniqueur judiciaire et a arpenté les plateaux de cinéma pendant près de 40 ans, était alors en droit de lever le pied. Il sort d’Au delà de la gloire, récit quasi autobiographique sur la compagnie Big Red One. A priori, c’était le film d’une vie, l’œuvre de la consécration. Mais Sam l’allumé tient une nouvelle lubie. Lui qui a exploré les confins de l’âme humaine, chez les putes en quête de rédemption comme chez les malades psychiatriques, se voit porter à l’écran cette parabole cinglante.

Le chien est blanc, immaculé. Il est présenté en premier lieu comme une victime abandonnée. Très vite, ses tares transparaissent. Il attaque les noirs, tue, massacre, dévore. Il a été dressé à tuer par un quelconque sadique.

Ce qui intéresse Fuller, ce n’est pas le contexte, les raisons, ou la culpabilité du maitre précédent. Il focalise son récit sur la possibilité de guérison de l’animal. Peut-on le changer, peut-on éradiquer un sentiment néfaste profondément ancré dans son esprit ? Le cinéaste dresse un constat négatif. Le film est sombre, univoque, magnifiquement rythmé par une partition méconnue de Morricone. Samuel Fuller s’attache à la foi du dresseur, au courage de la maitresse. Et il décrit l’échec et la violence. Le chien grogne, et le cinéaste le cadre admirablement. Il se place à sa hauteur, cède à la fascination du croc dénudé.

Toute sa carrière, le réalisateur se sera fait observateur de la folie, de la déviance. Il aura porté à l’écran les personnages les plus ambigus et les plus retors. Il ne se sera jamais départi de la résignation. Samuel Fuller est le symbole d’un cinéma désabusé, implacable, forcené. Trop tôt dévoré par la guerre et les faits divers, il sera un artiste définitivement pessimiste.

On se rappellera de White Dog comme de son dernier film américain et comme d’un ultime désaveu de ses pairs. Fuller s’installera ensuite en France, et ne cessera jamais de conter, plan par plan, ses projets à venir. Il s’est éteint en 1997, sans avoir ajouté d’œuvre notable à une filmographie déjà très riche.

Greg Lauert

A savoir : le film est tiré d’un roman de Romain Gary, inspiré d’une histoire vécue par sa conjointe, Jean Seberg.

WHITE DOG de Samuel Fuller // 1982 // 90 minutes // 1.78 : 1 // Avec Kristy McNichol, Vernon Weddle, Jameson Parker, Christa Lang.

N.B : Cet épisode consacré à White dog est le dernier de la série initiée par Greg Lauert. La fin d’une belle aventure, commencée il y a un peu plus d’un an avec Sexy Beast. La boucle est bouclée et nos coeurs pleurent.

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5 Réponses to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 55)”

  1. jenny lundi 25 juillet 2011 à 121236 #

    Ah oui ? Déjà la fin? Je croyais qu’on était repartis pour plus d’épisodes… Dommage!

  2. emilio butabi vendredi 29 juillet 2011 à 150325 #

    Oui trés bon film et trés bon retournement de situation,trés beau berger allemand blanc posséde son pédigré au états unis mais pas en europe ,si dans une portée de chiots, il y a des chiots à la robe blanche le chien ne sera pas un berger allemand ,le racisme débute là! En europe ces chiens s’appellent  » Berger suisse » et oui les suisses on crée leur propre élevage de « Berger allemand suisse blanc uniquement ».
    Donc FULLER à bien choisi son pédigré de chien « n’est t’il pas » ah nananana…jmlp.

  3. Boyan mardi 16 août 2011 à 121220 #

    Hé Greg, peut-on avoir la liste de tous les films que tu as traités dans cette rubrique ?

  4. Greg LAUERT mercredi 17 août 2011 à 130146 #

    ca devrait être possible. Je pourrais aussi fournir la liste de tous les films qui auraient du y figurer en premier lieu et qui ont été éliminés après révision.

    En tout les cas, je n’étais pas intervenu dans les commentaires lors de la publication de cette dernière chronique pour cause de départ à l’étranger, mais je vais quand même y aller de mon petit laïus.
    Merci à Romain de m’avoir offert cette petite tribune pendant une année complète. J’ai adoré partager mon sentiment sur ces quelques titres. Si j’ai pu pousser l’un ou l’autre cinéphile à exhumer l’un de ces titres de sa DVDthèque pour lui redonner une chance, j’estime avoir atteint mon petit objectif.

  5. Greg LAUERT mercredi 17 août 2011 à 130149 #

    et merci donc aux lecteurs réguliers et occasionnels !

    Et pardon encore pour Truands (mais j’assume ! parce qu’on ne me beurre pas la raie, à moi !)

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