[dvd:] PRIS AU PIEGE – Edward Dmytryk

30 Août

La Seconde Guerre mondiale vient de s’achever et Laurence Gerard (Dick Powell), un pilote canadien, découvre que le retour au pays n’est pas de tout repos pour les héros. Inconscients du vécu des soldats, les civils n’ont aucun scrupules à cumuler les tracasseries administratives pour les anciens du front. Désireux de retourner en Europe pour y retrouver son épouse, une Française, Gerard fait le voyage en clandestin. Là, il découvre que sa femme a été exécutée par un collaborateur des nazis, un certain Marcel Jarnac, donné pour mort depuis la fin des hostilités. Fou de chagrin, Gerard se lance dans une traque obsessionnelle qui le conduit jusqu’au Brésil, où il espère retrouver la trace de Jarnac qu’il croit toujours vivant.

Pris au piège, sorti en 1945, proposé aujourd’hui par les Editions Montparnasse, touche aux thèmes tabous de la collaboration, de la fuite des nazis outre-Atlantique et des réseaux qui les ont protégés. Il démontre la survivance des idéologies nazis après la guerre. Des sujets très politiques pour l’époque, mais qui ne sont pas surprenants chez un cinéaste engagé comme Edward Dmytryk. C’est aussi en raison de films de ce genre que le réalisateur a été inquiété par la triste chasse aux sorcières qui a balayé Hollywood dès 1947. Dmytryk a, en effet, fait partie des Dix d’Hollywood : dix professionnels du cinéma qui ont été interrogés par la Commission des activités antiaméricaines. Dmytryk, qui a refusé de répondre aux questions qui lui étaient posées, a ensuite été licencié par la RKO et inscrit, comme ses compagnons, sur une liste noire.

Côté ambiance, Pris au piège se situe dans la pure tradition du film noir et du thriller. Au Brésil, Gerard se retrouve au cœur d’une intrigue complexe où passent des escrocs, des gangsters, des espions. On ne peut faire confiance à personne et il vaut mieux garder les deux yeux ouverts. De trahison en trahison, Gerard se retrouve en bien mauvaise posture, sans être sûr que le fameux Jarnac existe bel et bien.

Le noir et blanc apporte beaucoup au traitement du sujet, et ce, d’autant plus que Dmytryk aime jouer avec le placement de ses personnages, leurs reflets. Les dialogues sont à la hauteur du défi technique : ciselés. Le montage donne un rythme trépidant à l’intrigue. De quoi tenir jusqu’au dénouement, qui ménage quelques rebondissements : les masques tombent enfin. Un film qui mérite amplement d’être redécouvert, très marqué par son temps, cette période confuse d’après-guerre en Europe, mais analysée depuis l’autre côté de l’océan. Un point de vue rare.

Franck Mannoni

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