Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 4, ép.4)

16 Sep

Maman ?

Le temps de saluer une poignée d’aficionados du festival attablés au village fantastique et je réalise mon retard pour cette première séance de la journée.

Freaks, de Tod Browning, fait presque salle comble. Je n’ai pas discuté ce point avec les organisateurs, mais il semble qu’une telle audience pour une séance de 14 heures un jeudi augure d’un succès exceptionnel pour la rétrospective. Le film est entré dans l’imaginaire du cinéphile pour une poignée d’images fortes. Pourtant, Browning ne se contente pas de faire le catalogue des étrangetés. Il construit un véritable récit avec d’excellents personnages, et ce dans un délai court (1h07). Près de 80 ans après sa sortie, le film demeure saisissant.

A 16 heures, je rejoins le St-Ex pour le rattrapage d’une séance de compétition de la veille. A priori, je suis sceptique quant à l’intérêt d’un faux documentaire sur le premier zombie.

Harold’s going stiff est ainsi agréablement surprenant. Le film, tourné en 6 jours seulement, élude assez vite la question du mockumentary. Les personnages se sont construits au fil d’improvisations et ils se révèlent sincèrement attachants. Le genre n’est ici qu’un vecteur pour aborder des sujets de société. Le cinéaste confronte son spectateur à la prise en charge des impotents, à la maladie, au scandale alimentaire.

Bien sûr, les grands sujets sont esquissés, mais il y a quelque chose de résolument séduisant dans cette transgression du film de zombie, dans cette mélancolie teintée d’humour à froid. Je suis très admiratif de cette faculté qu’a le cinéma anglais à se confronter aux sujets les plus glauques et à les rendre attractif sur grand écran (remember Four Lions).

Pourtant, dans cette mode actuelle du film de genre, les zombies lassent.

L’approche sociale d’Harold l’emporte largement sur la potacherie indigeste de Dead Heads, vaste connerie américaine aux trois ressorts comiques étirés sur 1h30. Le virage romantique de la dernière demi heure est absolument consternant et il faudrait être très bon public pour adhérer à cette séance spéciale.

J’avoue que je ne suis pas dans les meilleures dispositions. J’attends avec une certaine fébrilité The Woman pour ce qui devrait être une des grandes séances du festival. Lucky McKee s’est déplacé pour présenter un film dont j’ai eu les meilleurs échos suite à sa projection au marché à Cannes.

Malgré une musique envahissante, The Woman (en photo) écrase la concurrence.

Il ne s’agit pas seulement du meilleur film de la sélection (avis révisable jusqu’à dimanche) mais bien d’une des grandes œuvres de cette année 2011. Le mythe de l’enfant sauvage n’est en l’état qu’une introduction. McKee fait exploser la famille américaine et la figure patriarcale dans un récit d’une grande violence morale. Certains évoqueront un film féministe. Peut être faut-il plutôt y voir un constat d’aliénation de la femme.

The Woman, le titre, ne désigne pas un personnage, mais un genre, une figure, pour une tentative de perception globale. Il faudra revenir sur ce très beau film qui mérite un regard particulier.

Après cette séance, j’ai besoin de faire une pause, pour prendre pleinement la mesure d’une telle œuvre. Si la soirée aura été courte, elle aura du moins tenue ses promesses. Et je rentre chez moi avec un trouble salutaire, regonflé sans doute pour les trois journées de projection à venir.

Greg Lauert

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