[dvd:] LA PERMISSION DE MINUIT – Delphine Gleize

5 Oct

Ed. Studio 37

Romain, un adolescent de 13 ans, souffre du XP. C’est un « enfant de la lune » qui vit à l’écart de la lumière, élevé seul par sa mère. David a 50 ans, il est professeur en dermatologie et soigne Romain depuis son plus jeune âge. Une forte amitié semble les lier. Jusqu’au jour où David obtient une mutation qu’il n’attendait plus.

Il y a quelques semaines, mon cher confrère Greg Lauert m’a dit « Je crois que tu as chopé le dvd que personne ne voulait. Bonne chance ! » C’est donc dans une certaine appréhension que s’est déroulé le visionnage du film de Delphine Gleize… Le pathos, la déprime, la lenteur nonsensique risquaient d’être au rendez-vous, mais bien sûr, l’intuition masculine étant constamment à côté de la plaque, La Permission de minuit s’est révélé comme une surprise. Bonne, mais pas complètement non plus.

Si le sujet du film, et surtout la maladie de l’adolescent présenté, attise tout sauf le sourire, Delphine Gleize a choisit de ne jamais le dramatiser. L’attitude de Romain est celle d’un ado ordinaire : gamin, curieux et souvent arrogant, bien qu’il ait une conscience aiguë de la mort. La relation qu’il entretient avec son médecin (joué par l’impeccable Vincent Lindon) est plutôt complexe ; le spectateur se demande s’il s’agit d’une relation père/fils ou simplement d’une amitié atypique. La réalisatrice n’insiste pas sur une interprétation et laisse le spectateur libre d’y voir ce qu’il veut. Le personnage de David semble presque autant pressé par le temps que l’adolescent qui redoute une mort prématurée, il essaie d’aider son jeune pote du mieux qu’il peut tout en étant plongé dans l’incertitude. L’écriture de ces deux personnages démarre très bien dans le sens où ils demeurent intéressants et que leur relation n’est jamais prise au piège par les violons. Seulement, peu à peu que le film avance, cette relation semble cousue de fil blanc. Cinématographiquement parlant, elle ne surprend pas et reste à la surface des choses. La fin du film parait bâclée, bien qu’elle ait le mérite de s’éloigner des clichés qu’un tel sujet pouvait laisser supposer.

La réalisation de Delphine Gleize est sobre, jamais poseur, et prend en considération l’ennemi principal du film : le soleil ; le jour est constamment accompagné par la crainte. L’utilisation des métaphores (dominos, comparaisons entre la situation d’une scène avec l’extrait d’un match de rugby, etc) trouve très bien sa place au sein de l’œuvre, mais on pourrait lui reprocher un manque de subtilité. Rien d’inoubliable en somme, mais il y a tout de même quelques plans qui surprennent dans le bon sens, comme par exemple l’une des séquences du début du film cadrant une marche d’ « enfants de la lune » en combinaison accompagnés par leurs moniteurs dans un paysage montagneux et enneigé. Une ambiance post-apocalyptique s’en dégage et étonne.

Il ne serait pas fou de dire que le film repose sur les épaules de Vincent Lindon qui parvient à rendre l’expérience plus ou moins plaisante. Son utilisation de l’espace et des gestes simples en proposant un jeu naturaliste crédibilise aisément une énorme partie du film (si ce n’est quasiment le tout) ; on croit à son personnage et il ne nous reste plus qu’à nous laisser porter par l’histoire… Ou pas. Parce que malgré certaines qualités, et une belle musique signée Bless, La Permission de minuit ne dépasse malheureusement jamais le statut du film « regardable ».

En guise de bonus, la galette de La Permission de minuit propose un commentaire audio de la réalisatrice, du jeune acteur Quentin Challal et du producteur Jérôme Dopffer, qui ne demeure pas indispensable. Pour avoir plus d’informations sur le film en lui-même, il est conseillé de se reporter vers le making of, d’une durée de 23 minutes et découpé en trois parties (la réalisation de la séquence des dominos, la genèse du film et le travail avec les acteurs). Le dvd offre aussi la possibilité de regarder un court-métrage de Delphine Gleize titré Les Méduses, et là, ça devient douloureux.

Rock Brenner

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