Les dilettantes (épisode 21/28)

7 Oct

/// Pendant un peu plus d’un an, Guérine Regnaut et Romain Sublon se sont prêtés au jeu de la correspondance cinéphile. Un film, un échange. L’un propose, l’autre répond… é basta!  ///

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Strasbourg, le 12 septembre 2009

J’ai toujours été en conflit avec David Lynch. Ce n’est pas le même genre de conflit qu’avec Lars von Trier : lui, je lui mettrais volontiers des poings sur les i. Non, avec David Lynch, c’est autre chose. C’est le frère qui fait tout mieux. Je sens le lien, je sens la connexion, le désir commun ; mais le phénomène de répulsion aussi. A trop jouer pour lui, il oublie qu’il s’adresse aux autres. Dans certains films, c’est touchant : Elephant man (film sur le frère qu’il n’a jamais eu… moi !),  Mulholland drive (sur la femme qu’il n’a jamais osé désirer) et Inland empire (sur l’abandon) sont des perles. Oui bon, des chefs d’œuvre.

Tout David Lynch est fascinant. Presque rien ne semble sincère. Et l’on pourrait lier ces deux propositions par un parce que un peu moqueur.

Sailor et Lula, je l’ai vu pour la première à 17 ans et j’ai trouvé ça génial, genre trop bien. Même la veste en serpent ne me choquait pas. Quand j’y pense ! C’était la rébellion, le psychédélisme, la folie et surtout l’amour fou. Pour être ému par la scène finale – parfaite – de Sailor et Lula, il faut être adolescent ou amoureux. C’est soit éphémère, soit utopique.

Non, vraiment, quand je l’ai vu à 17 ans, Sailor et Lula était l’un de mes dix films préférés. En même temps, deux ans plus tôt, je pensais encore que Les Goonies était un grand film, Mel Gibson un acteur trop génial et Steven Spielberg un réalisateur brillantissime.

29 avril 2010 : je revois Sailor et Lula. Ok, c’est pas mal. C’est une belle bluette. Je ne sais pas si c’est le fatalisme de la trentaine (j’ai 31 ans), mais quand même, il y a un goût du foutage de gueule qui n’est pas sans m’agacer. Et si j’emploie le « je » pour ce texte, c’est parce que je mesure la totale subjectivité de mon propos. Que je n’assume bien sûr qu’en partie. Pourtant, adorer Sailor et Lula à 17 ans est aussi tendance, surprenant et classe que rejeter Sailor et Lula à 30 ans. D’une certaine façon, j’excelle dans la peau du rebelle conformiste.

Mais bon, quoiqu’on en dise, Sailor et Lula, c’est quand même l’extravagance portée à son apogée avec une grande complaisance. Les freaks sont des freaks, les amoureux des amoureux, les policiers des policiers et peu importe si cela est grotesque. Mais comme dans un trip sous acides, et je sais de quoi je parle puisque je n’en ai jamais vécu, c’est une affaire personnelle.

Bien sûr, Sailor et Lula est un beau film d’amour, mais il ne s’assume pas comme tel. C’est dommage ; le premier degré a cette vertu, ici laissé à l’abandon, d’être touchant. Voir Elephant man, Mulholland drive et Inland empire.

NB : ce texte est la conséquence d’un parti pris. A ladeuxième vision de ce film, trop de sentiments se bousculaient pour pouvoir les gérer en toute tranquillité. J’ai alors décidé de m’imposer deux contraintes dans la création – pour libérer la parole : l’utilisation du « je », et l’écriture automatique (sans relecture).

Romain

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Strasbourg, le 12 septembre 2009

Guérine

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