[dvd :] COFFRET L’AMERIQUE EN GUERRE

10 Oct

Ed. Montparnasse

La seconde guerre mondiale filmée par : Frank Capra, John Huston, William Wyler, John Ford, John Sturges, George Stevens, Anatole Litvak, Joris Ivens… Et oui : ‘scusez du peux !

Sauf qu’en fait, bien entendu, c’est moins sexy qu’il n’y paraît. 14h de documentaires répartis sur six DVD : ah oui, quand même, se dit-on après visionnage du tout premier, le Prélude à la guerre, réalisé par Frank Capra et Anatole Litvak.

Les sept films contenus sur les trois premiers DVD sont signés par ce duo. Enfin signés, non, mais ils en sont les auteurs. Un court livret, signé cette fois, oui, par le journaliste et historien Frédéric Laurent raconte que Capra, lorsqu’il a été sollicité par le général George C. Marshall pour expliquer aux soldats américains –et par extension au reste de la nation- pourquoi il fallait se battre, s’est mis à regarder ce que les propagandes guerrières des pays ennemis avaient produit. Devant l’insurpassable Triomphe de la volonté de Leni Riefensthal, il aurait été pris d’un petit coup de mou, puis se serait dit : qu’à cela ne tienne, nous allons détourner les documents de l’ennemi pour faire passer nos propres messages. D’où l’abondance de ces images, souvent réutilisées, dans, outre le Prélude à la guerre (1942) susmentionné, Les nazis attaquent (1943), Diviser pour régner (1943), La bataille d’Angleterre (1943), La bataille de Chine (1941), La bataille de Russie (1942) et enfin, Les Etats-Unis entrent en guerre (1945). La situation est clairement mais un peu rébarbativement exposée, heureusement qu’on peut compter sur ce bon vieil Adolf pour rigoler un coup : il faut notamment le voir au premier rang d’une assemblée prendre un air modeste et gourmand alors qu’un orateur explique qu’entre Hitler et le Christ, il n’y a finalement pas tant de point commun, Jésus étant en comparaison un être très insignifiant. On a aussi un sourire rétrospectif lorsque l’imminente Chine communiste et l’Union Soviétique se voient encensées dans les films qui leur sont respectivement consacrés : ces vibrants hommages à ces vaillantes nations ont-ils valus des soucis à leurs auteurs par la suite ? Litvak s’était déjà bien, plus ou moins, fait remonter les bretelles lorsqu’il avait tourné le critique The Confessions of a Nazi Spy (1939) à une époque où les versatiles USA n’avaient pas encore Hitler dans leur collimateur… Mais de cela il n’est pas question dans cette édition qui aurait pu faire un petit effort d’accompagnement supplémentaire. Par exemple, comment Capra et Litvak se sont-ils procurés les films ennemis ? C’est une question anecdotique, la réponse est peut-être évidente, mais peut-être aussi que le développement des aspects « techniques » aurait rendu ce coffret plus définitif. Enfin, passons.

Le quatrième DVD nous présente deux films de John Ford, Pearl Harbour (1943) et La bataille de Midway (1942). Alors là, un brin de perplexité vient se glisser au cœur de ce patient et exhaustif visionnage : certes, c’est plus vivant que les films du tandem Capra/Litvak, mais justement, n’est-ce pas un peu too much ? La candeur frise le ridicule lorsque les morts se mettent à parler, tous avec la même voix car, répondent-ils à celui qui s’en étonne, Blanc, Noir ou Hispanique, « nous sommes tous pareils, nous sommes tous Américains ». Soit. Au moins n’y a-t-il là aucun relent malsain, Pearl Harbour ayant même été largement amputé car il se montrait trop gentil avec les Japonais de l’île. Un « travers » dont ne s’est certes pas rendu coupable Sachez reconnaître votre ennemi : le Japon (1945), film co-réalisé par Franck Capra et Joris Ivens. L’embarras ressenti devant ce condensé raciste fait illico remonter à la hausse la côte de Ford qui permet en outre de relativiser l’alibi du contexte historique ! John Huston, lui, tient une place à part sur ce disque-ci : d’abord, Les Aléoutiennes (1943), est en couleurs, c’est une première dans le coffret, ensuite, l’alternance de scènes de combats aériens et de vie quotidienne sur une île inhospitalière rend l’expérience presque expérimentale.

Sur le cinquième DVD, on trouve les deux films les plus « convaincants ». Le premier, Le Menphis Belle, l’histoire d’une forteresse volante (1944) est signé par William Wyler seul, le second, Thunderbolt (1947), par William Wyler et John Sturges. La musique y est moins illustrative/mièvre/pathétique, le commentaire mieux écrit et surtout, puisque c’était le but après tout, ces films-ci donnent envie d’adhérer, de s’engager, de se surpasser. Les scènes de combats aériens sont très prenantes, très concrètes et les hommes qui livrent ces batailles nous sont tout de suite familiers et sympathiques. Il y a même du suspens. Bref, enfin un peu de fun. Ce qui est nettement moins le cas dans La bataille de San Pietro (1945) de John Huston qui montre durement, sans aucun romantisme, ce à quoi ressemble le conflit vu de la terre, dans la boue et au milieu des explosions. Ce témoignage à d’abord été jugé contre-productif et interdit avant que, in fine, le général Marshall ne décide que : si, c’était une bonne façon de préparer les nouveaux soldats à ce qui les attendait vraiment.

Ce qui attendait ces hommes, c’était aussi un éventuel retour difficile à la vie quotidienne, ainsi que le montre le même Huston dans le film qui ouvre le sixième et dernier DVD. Que la lumière soit (1946) a été interdit jusque dans les années 80 : parmi les héros américains, ceux qui revenaient physiquement intacts étaient parfois cependant complètement bousillés psychologiquement ; certains pris de sanglots incontrôlables, certains ne pouvant plus marcher, certains ne pouvant plus parler ou se souvenir de quoi que ce soit ; tous vivant une terrible détresse. Les caméras de John Huston suivent leur réadaptation, c’est inattendu. Puis on passe au film suivant, l’inévitable, l’indispensable, Les camps de concentration nazis (1945) de George Stevens. Deux attestations sur l’honneur introduisent ces témoignages, jurant que ce qui suit est conforme à la réalité. D’avantage peut-être que pour contrer les crétins révisionnistes, ces attestations disent l’incapacité à assimiler d’emblée la monstruosité de ce qui s’est pourtant manifestement passé. Ces milliers de corps grotesques, empilés ou éparpillés, ne peuvent pas être des vrais, si ? Si. De camps en camps, pendant une heure, une très longue heure (qui ne correspond qu’à une quantité minime de ce qui a été tourné), on essaye de supporter l’horreur, mais c’est insoutenable. Et pas de musique ici : on est confronté à ces images sans filtre…

Enfin, le voyage s’achève sur Le procès de Nuremberg (1946) qui récapitule ce qui a été montré jusque-là et se termine sur seulement 20 minutes du procès proprement dit. Pour le coup, c’est un peu frustrant comme conclusion.

Jenny Ulrich

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