[dvd :] PRIME CUT – Michael Ritchie

3 Nov

Éd. Carlotta

Dans la discussion informelle disponible en bonus sur le DVD, où Jean-Pierre Dionnet et Frédéric Schoendoerffer échangent leurs impressions sur le film, les deux hommes le situent à la jonction entre film noir classique et cinéma moderne. La fin d’une époque, l’entrée dans une autre. Et effectivement, à la manière du Pacha de Georges Lautner en France et de Performance de Donald Cammell et Nicolas Roeg en Angleterre, Prime cut dynamite littéralement les frontières du polar traditionnel.

On y suit Nick Devlin, un gangster de la vieille école, envoyé au fin fond du Kansas collecter une somme d’argent qu’un mauvais payeur et vieille connaissance, Mary Ann (Gene Hackman tout en moustache, malgré un prénom pas très viril), refuse de rendre. Là, il débarque au beau milieu d’une foire à bestiaux où des jeunes filles sont vendues en guise de bétail…

Lee Marvin est taiseux et sauvage. Les tétons de Sissy Spacek sont rose bonbon. Les abattoirs débitent de la chair humaine. Les méchants sont dégénérés et leur fin sera violente ! Prime cut (qui s’appelait Carnage lors de sa sortie dans les salles françaises) est un badass movie, un vrai, et les morceaux de bravoure s’enchainent à rythme constant. La découverte de la foire à bestiaux où de jeunes orphelines dénudées et droguées sont parquées dans des enclos, la fuite en plein champs de Lee Marvin et Sissy Spacek poursuivis par une moissonneuse-batteuse, le même Lee Marvin emmenant la même Sissy Spacek nue sous une robe transparente dans un restaurant chic, la fusillade au milieu des tournesols, la mise à sac du repère de Mary Ann…

On peut qualifier Prime cut de film de fous sans crainte d’être accusé d’abus de superlatif. Superbement photographié, brouillon, parfois bâclé, violent, parsemé de moments d’étrangeté, il se tient constamment sur une frontière ténue entre grotesque et splendide. Une vraie incongruité dans la carrière de Michael Ritchie, qui signera plus tard des œuvres aussi immortelles que Fletch aux trousses et Golden child, l’enfant sacré du Tibet. Avec ses gangsters vieillissants en provenance de Chicago (éléments anachroniques et presque obsolètes mais également seuls remparts sécurisants) qui viennent épurer une campagne peuplée de rednecks franchement inquiétants (voir les hommes de main de Mary Ann, tous blonds, vêtus en jean, si désespérément identiques qu’on les croirait consanguins), en ajoutant à leur but premier – l’encaissement d’une somme d’argent – une mission de sauvetage de l’innocence – les orphelines livrées à la prostitution – le film fait montre d’une curieuse manière de jouer avec les valeurs. Il marque l’entrée dans une décennie en perte de moralité (les années 70), qui sera beaucoup plus dure et angoissante que la précédente, et se montre rétrograde et novateur tout à la fois.

Notons encore que Prime cut eut une curieuse descendance une douzaine d’années plus tard en France : le chouette et mal aimé Canicule de Yves Boisset, qui entretient avec lui nombre de similitudes.

Mathias Ulrich

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