[dvd :] LA FEMME AUX REVOLVERS – Allan Dwan

23 Nov

Ed. Montparnasse

L’introduction de Serge Bromberg, proposée en préambule du film, touche d’emblée un point très juste. Il ne s’agira pas ici de s’attacher à Allan Dwan, cinéaste très prolifique ayant traversé les âges et connu sa plus grande gloire à l’heure du muet. L’attraction, le cœur du film, est indéniablement la plantureuse Jane Russell.

Montana Belle (titre original) a été tourné en 1948 mais n’est distribué sur les écrans américains qu’en 1952. Russell est à l’époque une découverte d’Howard Hugues. Le milliardaire aviateur l’a lancé en 1943 dans un scandale, une œuvre mineure qui a fait date, une fronde au code Hays intitulée Le banni. L’affiche, suggestive, dévoilait d’emblée le talent (double) de la belle brune.

Hugues fondait sa mise en scène sur l’exploitation du physique avantageux et sur les poses lascives de la jeune femme. Sa négociation avec les censeurs est ainsi reprise dans une scène d’Aviator, de Martin Scorsese. Dwan, conformiste parmi les conformistes, artisan noble et respectueux, n’opte pas pour les mêmes dérives. Il filme Russell comme il filmerait Joan Crawford ou Olivia de Havilland dans un rôle similaire. Mais Russell est, à la manière de Marylin, une icône très sexualisée, et un sous-texte involontaire vient phagocyter cette Femme aux revolvers.

Il n’est ici question que de rapport de domination et de soumission aux hommes. Ses complices voient Vixen Jane prendre sa place dans le gang. Ils voudraient ne voir en elle qu’un objet sexuel impossible à regarder au fond des yeux. Mais la matrone parade et s’affirme. Pour autant, ce petit western RKO n’annonce pas Russ Meyer. Dwan s’attache aux évidences, au premier degré, à une histoire simple et solide.

Mais le résultat demeure ambigu, parce qu’il présente sans détour une meute de mâles confrontée à l’objet du désir. Russell est jetée en pâture mais s’impose au fil du récit, sans que son personnage gagne une quelconque profondeur.

Montana Belle n’offre pas un grand rôle féminin. On est loin, très loin, de Johnny Guitar. Le regard masculin ne change pas en profondeur, et le spectateur sera tenté d’affecter la même condescendance que la horde de cow-boys. Russell ne pourra jamais échapper au Banni. Son plus grand succès sera esthétique, encore, avec Les hommes préfèrent les blondes, d’Howard Hawks. Toute sa carrière sera placée sous le signe d’une douce provocation et de la vaine insolence à l’encontre des censeurs et du code Hays.

Greg Lauert

NB : Une précision utile, peut être… Le code Hays est un code de censure appliqué dans le cinéma américain de 1934 à 1966. Il régit alors toute représentation de la sexualité et de la violence à l’écran.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s