[dvd:] TOMBOY Céline Sciamma

5 Déc

Ed. Pyramide Vidéo

Filmer l’enfance, c’est fixer ce qui disparaît à chaque instant. Avec l’étrange impression que les adultes qui posent leur regard sur cette période en ont souvent oublié à peu près tout : amnésie sociale ? magie génétique ? trahison psychique façon « regardons vers l’avenir » ?

Céline Sciamma a dépassé avec aisance tous ces écueils. Elle échappe à toutes les caricatures et impose une œuvre sensible, mais pas niaise, dure, mais pas cruelle et qui laisse exister tous les personnages, quel que soit leur univers de référence.

Laure/Michaël (Zoé Héran) et Lisa (Jeanne Disson)

Il fallait cette vision cristalline pour raconter l’histoire de Laure, 10 ans, qui vient d’emménager dans un nouveau quartier au moment des vacances et qui, alors que l’occasion s’en présente, se fait passer pour un garçon. Laure vit cette vérité double : fille chez elle, garçon à l’extérieur (au foot, au plan d’eau, dans les bagarres, avec sa copine Lisa qui rêve d’en faire son amoureux, bisou furtif à la clef). Mais l »été passe, c’est bientôt la rentrée : difficile de cacher plus longtemps sa véritable identité à ses compagnons et son double-« je » à ses parents.

Tourné en vingt jours seulement, Tomboy a bénéficié d’un excellent découpage en tableaux dont les objectifs s’imbriquent : suivre la progression de l’intrigue jusqu’à l’impasse et son dépassement final, montrer l’enfance avec une vision, mais sans jugement, créer un univers chromatique qui unit les scènes du film aussi bien en extérieur qu’en intérieur.

Complicité avant l’orage

Pour créer l’illusion du naturel au cinéma, les acteurs, en général, se réfèrent à deux écoles : la première consiste à puiser au plus profond de soi pour y retrouver des émotions proches du personnage (citons Romy Schneider pour viser haut), la seconde tend à mimer des apparences avec un investissement personnel moindre (à la Jean-Claude Van Damme, pour donner un idée). Mais comment faire tourner les enfants, sans qu’ils surjouent ? Sans regards caméra ? Pour obtenir du vrai, sans filtre ? Céline Sciamma a choisi de tourner chaque scène en une longue séquence, s’incluant dans le jeu, pour ne garder que les quelques secondes qui sonnent juste. Si Zoé Héran, qui interprète Laure/Michaël, a été choisie par agence, d’autres comme Jeanne Disson (Lisa), ont été repérés par casting sauvage. De jeunes acteurs qui n’ont pas encore investi leur rapport à l’image : autant d’atouts. On pense au cinéma «vérité» des frères Dardenne, sans la caméra qui tremble pour l’effet reportage.

Couper court aux critiques

Une interview très éclairante de Céline Sciamma raconte en bonus la genèse du film et permet de voir des scènes de tournage qui en disent beaucoup sur l’excellente réalisation d’un projet. Dans une certaine mesure, Tomboy est l’antithèse de L’Incompris de Comencini (Palme d’or à Cannes en 1967). Comencini a filmé une enfance solitaire et malheureuse; Il a insisté sur l’incommunicabilité foncière entre adultes et enfants. Céline Sciamma dévoile une enfance toute de relations, d’ouverture, de curiosité, d’expériences et des adultes finalement ouverts.

Tomboy a obtenu une récompense au festival du film de Berlin, ainsi que dans trois festivals gay et lesbiens de Turin, San Francisco et Philadelphie, justes récompenses pour une idée (qui devrait être) universelle : « on ne devrait pas avoir à se cacher pour affirmer qui on est ».

Franck Mannoni

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