[cinéphilie :] Laurent Achard & Pascal Cervo

14 Déc

Vis ma vie de sage-femme.

Laurent Achard (réalisateur) et Pascal Cervo (acteur) étaient à Strasbourg pour présenter Dernière séance (en salles depuis le 7 décembre 2011).

A propos de ce film, un ami pédiatre m’a envoyé ce texto : « Ce n’est pas avec Dernière séance que tu vas arranger mon état mental. Envoyer un ami voir ce film alors que ce même ami hésite à partir en vacances sur les bords de mer du Nord au mois de décembre et que les nains de Werner Herzog le poursuivent mentalement dans la rue, est-ce un gage d’amitié ? » Puis un deuxième : «  Mais c’est sûr que si tu es psychopathe, ça peut être un film fondateur. » Il n’a pas tout dit du film, qui est l’un des meilleurs de l’année, parce que noir, fragile et brillant, mais il a beaucoup dit.

Laurent Achard et Pascal Cervo se prêtent au jeu de la cinéphilie et nous livrent leurs souvenirs et/ou impressions des films suivants (avec quelques apartés et notes de bonne compréhension).

LE VOYEUR (Michael Powell et Emeric Pressburger)

Laurent Achard : C’est un film auquel beaucoup de gens pensent en voyant le nôtre. Je ne sais pas trop comment le dire mais…

Pascal Cervo : Vas-y, dis-le, c’est pas une honte…

L.A. : En fait je n’aime pas trop Michael Powell. J’ai revu Les chaussons rouges, j’ai revu Le voyeur. C’est un bon cinéaste mais je n’aime pas ça… J’ai plus de plaisir à voir Argento, Bava ou Tourneur que Michael Powell. Mais je n’ai pas tout vu de lui non plus.

P.C. : J’ai revu récemment Le narcisse noir, qui est mon préféré. Il y a des choses très bien dans Le voyeur, notamment l’ambiance vraiment glauque. Et la scène d’ouverture avec le meurtre au viseur m’a vraiment marqué. Cette caméra subjective… Mais c’est vrai que Les chaussons rouges, c’est pas…

L.A. : Oh oui, cette verrue au milieu du film qui dure des plombes et des plombes ce n’est pas possible.

RESERVOIR DOGS (Quentin Tarantino)

P.C. : Je n’ai pas vu le film. Je n’aime pas beaucoup Tarantino, ce n’est pas un cinéaste qui m’emballe.

L.A. : Tarantino peut tout se permettre ! Tout ! Je n’aime pas Tarantino mais on voit qu’il prend un grand plaisir à faire des films. Et à voir des films. On sent qu’il passe sa vie à voir des films. Mais je me fous un peu de son cinéma.

P.C. : Ce que j’aime le moins chez Tarantino, c’est le second degré permanent. Mais il y a des passages brillants dans certains de ses films, comme dans Jackie Brown par exemple.

L.A. : Oui ça c’est bien.

P.C. : Ou la scène dans la cave, dans Inglourious Basterds. Rien que pour Diane Kruger qui est géniale dans cette scène.

L.A. : Oui, elle est magnifique et elle joue parfaitement. Contrairement à qui vous savez. Mais Tarantino a un cinéma qui doit être très jouissif pour ses acteurs.

LE DERNIER DES FOUS (Laurent Achard)

L.A. : Un film un peu crispé, non ? On a envie de dire au réalisateur : « Respire un peu ».

P.C. : Ah mais c’est pas l’intérêt du film ? J’ai beaucoup pensé à Julien Cochelin, qui est le gamin du Dernier des fous, pour mon personnage dans Dernière séance. Car Sylvain est resté un enfant…

L.A. : On peut imaginer que tout le film Dernière séance est vu par le gamin du Dernier des fous.

P.C. : Mais c’est pas le même réalisateur ?..

L.A. : Qu’est ce que tu veux savoir Romain ?

CUT : Ce que vous pensez quand je vous parle du Dernier des fous

P.C. : Dans les deux films mon personnage… (et là, désolé, mais je coupe sinon spoiler !!! ndlr).

L.A. : Ah bon ? (Laurent Achard se rend compte que les personnages joués par Pascal Cervo dans Le dernier des fous et Dernière séance ont  une action commune).

P.C. : Tu n’avais pas remarqué.

L.A. : Et non.

LA CHATTE A DEUX TÊTES (Jacques Nolot)

P.C. : Pas vu.

L.A. : C’est le seul de Nolot que je n’ai pas vu.

CUT : Pour vous, le cinéma est-il un lieu de fonction ? Un lieu que l’on ne peut jamais réellement saisir.

L.A. : Le cinéma c’est un truc entre soi et soi.

CUT : Est ce qu’il y a dans votre film un geste politique ? Dire que cette salle n’existera plus…

L.A. : En creux c’est ça, oui. C’est pour ça aussi que je donne à ma salle dans le film une programmation complètement improbable (French cancan, Last days… Voir le film pour en savoir plus !).

P.C. : Vous dîtes qu’il est impossible de s’approprier une salle.

CUT : On fantasme tous ça pourtant.

L.A. : Exactement. Le cinéma c’est tout seul. On a sa place. Au théâtre non, les acteurs nous voient, le personnel nous place.

Y AURA T-IL DE LA NEIGE A NOEL (Sandrine Veysseet)

P.C. : Ah oui. Mais pourquoi ? Je ne vois pas le lien.

L.A. : Oui pourquoi ?

P.C. : Nous on attendait Psychose

L.A. : Mizoguchi…

P.C. : Je ne vois pas le lien.

L.A. : Sandrine Veysset on est pour. J’aime son cinéma, ses acteurs. C’est un cinéma qui exige du spectateur qu’il se mêle au film. Le film est un cadre, strict, au sein duquel peut s’exprimer une vraie liberté, pour les acteurs comme pour le spectateur.

P.C. : Oui sinon c’est terrible… Et toi tu exiges beaucoup du spectateur, c’est peut-être ce que veut nous dire Romain.

L.A. : Il faut que le spectateur ait aussi du talent. Quand j’allais voir jeune les films de Tarkovsky ou Straub, c’était difficile, je me forçais, parfois je m’endormais et pourtant j’entendais partout que ces films sont des chefs-d’œuvre. Mais j’y retournais, deux ans après, je réessayais. Ca s’apprend, faut y mettre un peu de soi. C’est pour ça que ce n’est pas un cinéma méprisant. Ce qui n’est pas le cas pour beaucoup d’autres cinéastes, qu’on ne citera pas !

P.C. : Et Sandrine Veysset partage cette exigence, c’est pour ça qu’on aime son cinéma.

Propos recueillis par Romain Sublon

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