[cinéphilie :] André Wilms

21 Déc

Du blanc, de l'oeuf, la vie.

André Wilms (à gauche sur la photo, car à droite c’est une dame blonde) était à Strasbourg pour présenter Le Havre de Aki Kaurismäki (sortie en salles le 21 décembre 2011). Un vrai film de cinéphile, où se croisent Pierre Etaix, Jean-Pierre Léaud, André Wilms, Katie Outinen, Jean-Pierre Darroussin mais aussi le Marcel Marx de La vie de bohème puisque le Marcel Marx du Havre a connu la vie de bohème. Vous suivez ?

Le Havre est un film enchanteur sur les heures sombres, et actuelles, d’une France qui oublie ses principes d’égalité, de fraternité et de ce mot devenu gros mot, liberté.

André Wilms se prête au jeu de la cinéphilie et nous livre ses souvenirs et/ou impressions des films suivants. Juste avant, il demande : « Je peux être violent ? ». Cela va de soi.

LA BLESSURE (Nicolas Klotz)

Sans humour. C’est à dire un film correct mais avec un défaut colossal… Bon, lui il ne tournera jamais avec moi, vous allez couler ma carrière ! Non, non, je réponds très clairement. L’exercice du film politique est un exercice très délicat sur lequel il faut être très prudent. Mais… Je déteste les films politiques qui n’ont pas un peu de dérision, un peu d’humour. Je me méfie de ces films militants un peu sérieux, pas du tout pour des raisons idéologiques. Je pense que si nous voulons un jour faire la Révolution, il est indispensable d’avoir énormément d’humour et de self-ironie. Après, la fiction-réaliste sur le thème politique m’a toujours posé des problèmes. Bon, continuons. Nicolas Klotz c’est foutu déjà..!

J’AI ENGAGE UN TUEUR (Aki Kaurismäki)

C’est inouï car s’il y a un seul acteur mythique en France, dans le monde entier, c’est Léaud. C’est ma jeunesse, c’est le corps d’une génération. C’est le seul acteur français qui a incarné toute une génération. Et il faut voir à l’étranger, je dis ça parce que les Français sont tellement hexagonaux-hexagonaux.. Mais le mythe c’est Léaud. Moi, je l’adore. Il est fou, ingérable. C’est ma jeunesse, même si j’ai le même âge que lui, mais c’est lui le jeune.  C’est lui qui m’a fait comprendre mon corps d’ado mal à l’aise. C’est un homme génial, probablement le meilleur acteur français. Il est tellement faux qu’il est juste. C’est tout ce que l’on n’apprend pas dans une école d’art dramatique, il aurait été viré de partout lui. Il parle tellement faux, il est tellement absurde, mais c’est le meilleur. Pour moi. C’est un poète. Ce n’est pas un acteur, c’est chiant un acteur puis souvent très con. Vous vous en apercevrez si vous interviewez encore beaucoup d’autres acteurs… Vous allez me rouler auprès de tout le monde ! Mais bon, on s’en fout.

PAULINE ET FRANCOIS (Renaud Fely)

Je l’ai fait. C’est un jeune réalisateur. Il parle encore trop, je lui ai dit. Les grands réalisateurs ne parlent pas. Les jeunes réalisateurs, quand ils ont écrit sur le scénario que tu es amoureux viennent te voir pour te dire que « tu vois là comme tu es amoureux tu dois… » Mais oui on sait, c’est écrit ! Les jeunes réalisateurs te prennent souvent pour un crétin. J’ai une tendresse pour Renaud Fely car il ne vient pas du monde du cinéma, mais mais mais mais… Faut qu’il apprenne à se taire. Godard, qui me fait chier de temps en temps parce que c’est le vieux con qui nous fait chier tous, a dit un truc assez juste : « Aujourd’hui, la majorité des jeunes réalisateurs filment comme la maman filmerait leurs enfants. » Et le dernier film de famille en date c’est celui avec le paralytique et le black. C’est pour ça que ça fait des millions d’entrées !

LE KID (Charlie Chaplin)

L’un des plus grands films de tous les temps bien sûr ! Evidemment qu’il y a dans le film de Kaurismäki des références au Kid de Chaplin, c’est très juste. Bon moi il n’y a qu’un acteur que je vénère plus que tout c’est Keaton. Avec Mitchum aussi. Je vole tout à Keaton d’ailleurs. Même s’il est trop fort pour moi. Mais j’aime aussi beaucoup Chaplin. Mais un film comme Le Kid, c’est un film qu’on ne peut plus faire aujourd’hui. Non, on va dire que je suis un vieux con mais je m’intéresse aussi beaucoup au cinéma d’aujourd’hui. Par exemple, j’ai très envie de voir ce film fait avec 150 euros ou 200 ou 300 on s’en fout ! Donoma, oui. Ca m’intéresse. Mais je crains aussi que ce soit un coup marketing. Mais bon parfois, on ne veut pas se faire chier et on veut voir un truc facile et simple. La dernière fois par exemple, ma copine me dit « Viens on va voir Hors Satan» Moi je ne voulais pas me faire chier avec Dumont, je voulais voir le truc où tout le monde meurt, oui Contagion de Soderbergh. Bon on a vu Hors Satan et c’était fabuleux ! Vraiment très bien. Le lendemain on voit Contagion, ben c’est une grosse merde. Bon voilà, c’est comme ça, on ne peut rien y faire.

BELLAMY (Claude Chabrol)

Je suis très divisé. C’est un homme fantastique, génial, avec qui j’ai tourné pour L’enfer. Mais je n’arrive pas à m’intéresser à son cinéma. Je crois vraiment que j’ai un handicap avec ce cinéma. On me dit que c’est une critique acide de la bourgeoisie, je n’ai jamais vu ça.

CUT : La clé du film, Le havre, n’est-elle pas la façon que votre personnage a de boire son vin ?

André Wilms : Oui, complètement. Voilà ce qui intéresse beaucoup Aki, comment on boit. Comment on tient son verre. (Au serveur : Je peux avoir une bière s’il vous plaît ?!)

Propos recueillis par Romain Sublon

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