[dvd :] JE VEUX SEULEMENT QUE VOUS M’AIMIEZ – Rainer Werner Fassbinder

22 Déc

Ed. Carlotta

Il aura fallu 35 ans pour que ce chef d’œuvre de Fassbinder apparaisse enfin sur nos grands écrans. Certes « Ich will doch nur, dass ihr mich liebt »  (tellement plus chic en VO…) est une production WDR, promise au petit écran chez nos amis allemands, donc. Mais loin de passer inaperçu, ce film de Fassbinder aura du affronter des années de lutte judiciaire pour parvenir jusqu’à nous. C’est le moment de dire « ouf… »

Peter, un jeune ouvrier allemand, mène une vie austère et sans amour auprès de ses deux parents, certes tenanciers mais pas très rock’n’roll. Peter est un bon garçon, il consacre de longues journées à fabriquer la maison dans laquelle ses parents envisagent de passer leurs vieux jours. Des journées entières à trimer pour essayer d’y gratter, qui sait, un petit geste d’affection. Dès le début de cette histoire, le ton est donné. Peter passera sa vie à quémander maladroitement l’affection de ses proches.

Très vite, Peter s’acoquine avec Erika, la petite pharmacienne du bout de la rue. Ils se marient et partent s’installer à Munich. Une bouffée d’oxygène ? Toujours pas, car Peter découvre à Munich les affres de la société de consommation. Munich, capitale économique de l’Allemagne, symbole de la riche Bavière, où Peter goûtera aux joies du surendettement et des cadences infernales.

A l’aide de flash-back et flash-forward habilement maîtrisés, le film nous laisse entendre très vite que l’histoire se terminera mal pour Peter. Acculé par ses problèmes de dette, envahi par un Œdipe refoulé – ostensiblement mis en scène à l’aide de panneaux démonstratifs qui viennent clore certaines scènes du film – il sombrera moitié dans la folie, moitié dans le crime au cours d’une scène finale sublime. Dont je ne m’aventurerai pas à dévoiler le génie…

Cette histoire n’est pas née de l’inspiration de Fassbinder. Il l’a piochée dans un livre d’entretien mené avec des prisonniers de droits communs.  D’où les ennuis avec la justice qui s’en suivirent. Pourtant, certains affirment que le réalisateur a vu, dans le personnage de Peter, son alter ego. Lui-même ayant été peu entouré d’affection dans sa tendre enfance. Ceux qui l’ont côtoyé avouent avoir été troublés par la ressemblance gestuelle entre le réalisateur et son personnage principal. Ils le racontent dans le documentaire qui accompagne l‘édition DVD ; De l’amour et des contraintes : suppositions sur ‘Je veux seulement que vous m’aimiez.

Un documentaire riche en témoignages, qui, comme l’indique la jaquette, propose à la fois un making-of du film (35 ans après !) et un portrait de son réalisateur.  Le must étant bien sûr le décryptage de certaines scènes par ceux qui les ont tournées (acteurs, cameraman, preneur de son). Une façon très concrète de redécouvrir le génie de cet homme, réalisateur prolifique à la carrière trop vite interrompue, mais qui révolutionna le cinéma allemand.

Fanny Lépine

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