[cinephilie :] Marie Pérennou et Claude Nuridsany

23 Déc

Marie Pérennou et Claude Nuridsany imitent la couv' de CUT.

Marie Pérennou et Claude Nuridsany, réalisateurs de Microcosmos, de Genesis, reviennent avec un troisième long métrage, La clé des champs (sortie le 21 décembre 2011).

Un été, un petit garçon solitaire laissé en pension à de vagues cousins campagnards… Devenu homme, il se souvient (par la voix de Denis Podalydès) d’une mare peuplée et d’une petite fille coquelicot.

La jolie idée du film consiste à ne pas traiter la rencontre entre les deux enfants de manière convenue, ils ne se parlent pas, se croisent à peine, mais tout de même, la connexion se fait. Ensuite, l’infiniment petit est, comme dans les deux précédents opus cinématographiques du duo, fort bien filmé. Enfin, la musique est signée Bruno Coulais –donc envahissante, lourdingue et mièvre, bref insupportable si vous me demandez mon avis. Mais d’aucuns prétendent qu’il produit des sons féeriques, ludiques.

Sur ce, Marie Pérennou et Claude Nuridsany se prêtent au jeu de la cinéphilie et réagissent aux films suivants –et ils en ajoutent quelques autres pour faire bonne mesure.

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES (Walt Disney)

Marie Pérennou : Je ne l’ai pas vu.

Claude Nuridsany : Mais c’est un livre culte pour nous.

M. P. : Complètement culte oui, on adore tout, on a lu toutes les lettres que Lewis Caroll écrivait aux enfants, mais nous n’avons pas vu le film.

L’HOMME QUI RETRECIT (Jack Arnold)

C. N. : Oui. Je ne sais pas si tu l’as vu, Marie ?

M. P. : Non.

C. N. : A une époque, quand j’étais adolescent, j’adorais les films de série B, les films fantastiques, les films d’horreur, parce qu’à l’époque ce n’était pas gore du tout, c’était gentil, l’horreur était gentille, les Dracula, etc. Et L’homme qui rétrécit ça a un côté conte aussi. Cet homme qui finit par être terrifié par son propre chat, qui est poursuivi… Et c’est vrai que là, il y a un jeu avec l’échelle auquel on est très sensibles aussi : Microcosmos, c’était vraiment un travail sur l’échelle. Et quelqu’un comme Bachelard par exemple, qui a écrit sur la poétique de l’espace, il a écrit de très belles choses sur la miniature. Et l’enfance est très liée à la miniature : de s’imaginer tout petit et tout d’un coup, ce qu’il y a dans la jardinière qui donne sur la rue, ça devient une gigantesque forêt d’herbes folles. L’homme qui rétrécit c’était un peu une invitation à rêver à partir du changement d’échelle. Ce qui est une tradition dans les contes de fées. Oui, L’homme qui rétrécit, ne serait-ce que par son action, c’est quelque chose qui nous parle.

M. P. : Je pense au film Arrietty aussi, qui a été fait dans les studios de Miyazaki, que j’aime beaucoup.

SA MAJESTE DES MOUCHES (Peter Brook)

C. N. : Ah oui. Ce sont de vieux souvenirs. Alors là, ce qui est intéressant, c’est de traiter de l’enfance par son côté sombre qui peut être très cruel. Des enfants livrés à eux-mêmes, qui n’ont plus le contrôle des adultes, peuvent devenir terribles. Il y a une nouvelles de Ray Bradbury (qui est un grand auteur de Science Fiction) qui se passe dans une cour de récréation comme ça. Où le père d’un petit garçon se dit : c’est trop terrible ce qu’il vit, je vais me mettre à sa place. Et il vit un cauchemar épouvantable ! C’est vrai que l’enfance n’a rien de mièvre, c’est une partie de la vie qui est rude, fascinante, mais très rude. Rien n’est plus désagréable que l’enfance traitée de façon sirupeuse. C’est très déplaisant parce que c’est complètement à côté de ce que nous avons tous vécu.

M. P. : Moi je pense à un autre film sur l’enfance qui s’appelle Où est la maison de mon ami, d’Abbas Kiarostami. Ça se passe en Iran, on suit un petit garçon, c’est une histoire de cahier que le voisin de table, dans la classe, a oublié et que donc il récupère. Il faut absolument qu’il puisse le donner avant le lendemain matin sinon ça va aller très mal avec l’instituteur pour son petit voisin qui est déjà montré du doigt. C’est toute une errance à travers la campagne et les villages pour lui porter le cahier. C’est sublime.

C. N. : Il y a aussi L’enfance nue de Pialat, un de ses premiers films, qui est totalement bouleversant

M. P. : Qui est dur aussi.

C. N. : Et puis il y a des grandes fantaisies, comme les 5000 doigts du docteur T. qui est une merveille, avec un petit garçon qui apprend le piano, qui n’aime pas beaucoup son prof ; par contre il trouve que le plombier est sympa. Puis il s’endort et il imagine un pianiste fou qui compose un concerto pour 5000 doigts, et dans son rêve le plombier devient son allié. C’est magnifique parce que la traduction en images est pleine d’invention… C’est vrai qu’on va régulièrement voir des films plus destinés aux enfants –qu’on mêle à d’autres films évidemment- et qu’on y est toujours sensibles. Aux livres d’enfants aussi. Il y a des dessinateurs très doués. Je pense qu’on est restés en partie enfants : on n’a pas d’enfant, nous, donc on n’a même pas l’argument de dire que ce n’est pas pour nous, mais pour nos enfants. Non-non, c’est vraiment pour nous, il n’y a pas d’alibi !

MICROCOSMOS (Marie Pérennou et Claude Nuridsany)

C. N. : C’est assez ancien maintenant. Oui, c’est un souvenir amusant parce que… Bon, on l’a fait un peu comme les deux autres, c’est-à-dire que c’est un film qui a presque été fait dans une arrière-cuisine. C’est un film qui a été fait en Aveyron où nous habitons la moitié de l’année, nous avions construit pour ce film  un studio, mais vous vous imaginez bien que pour des acteurs de cette taille ce n’était pas un studio de Hollywood ! C’était un petit studio, très bien équipé, et puis voilà, jour et nuit on tournait, on était chez nous, on avait du temps –on a tourné plus de trois ans… Ce qui était fabuleux, c’est ça : d’avoir son propre emploi du temps, d’avoir ses repentirs, de maîtriser… C’était en partie tourné en studio, mais un studio en pleine nature, donc les acteurs animaux qu’on filmait et bien on les relâchait tout de suite. C’est un grand souvenir parce qu’on était maîtres de nos moyens et on avait l’impression d’être un peu comme un peintre, qui a sa toile, son chevalet, et puis qui va sur le terrain, qui fait son travail. On était en toute-toute petite équipe, on avait un assistant avec nous, et on tournait à n’importe quelle heure, sans arrêt. C’est un film qui a été dur par sa fatigue, mais…

M. P. : On avait aussi, je dirais, une nécessité à exprimer. Le monde des animaux, de la nature, le monde du tout petit. Qu’on a fait en photographie aussi, parce qu’on aime beaucoup la photographie. Mais là, c’était du cinéma : Microcosmos c’était notre premier film. Et, dans le fond, vous voyez, on était assez critiques avec les documentaires sur les animaux, d’une manière générale. On trouvait qu’ils se ressemblaient un peu tous ces films, dans leur esprit. C’est-à-dire on montre la vie des animaux, il y a un commentaire et le commentaire fait comme si on connaissait pas mal de choses sur la vie des animaux, or on connaît très peu ! Mais comme il faut bien mettre un commentaire alors on affirme des choses. C’est assez réducteur par rapport à ce qu’on connaît des animaux. Maintenant c’est en train de changer grâce aux philosophes qui commencent à écrire des livres de réflexion sur « l’animal être sensible ». Vous voyez, c’est tout à fait une autre démarche. Et nous on s’était dit qu’on voudrait faire quelque chose d’assez différent, montrer ces êtres-là, même les plus éloignés de nous, comme les insectes par exemple, d’une autre manière qui soit plus sensible. Quand on les voit vaquer à leurs occupations, ces insectes-là dans Microcosmos, pour nous c’était un peu le théâtre de la vie, c’était notre théâtre à nous aussi, humains. C’est ça qu’on voulait aussi exprimer. Pas de commentaire, mais donner un parfum. Dans l’esprit d’un conte. Bien que tout soit vrai de ce qu’on voit. Mais on peut imaginer des êtres sensibles, même dans ces toutes petites bêtes éloignées de nous.

C. N. : C’est vrai qu’il y a une sorte de réaction automatique : la nature, c’est le naturalisme. Pour nous la nature c’est le mystère en fait. Ce n’est pas du tout la démarche que nous suivons, c’est pour cela qu’il n’y a pas de commentaire, il n’y a pas d’explications parce qu’on respecte ce mystère d’un animal face à nous. Ce que les enfants perçoivent très bien quand ils regardent les animaux. Pour eux, c’est un énorme point d’interrogation, c’est ça qui est intéressant.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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