[cinép(h)age:] INVASION LOS ANGELES (ép. 3/25)

26 Déc

Une nouvelle : Les Fascinateurs, signée Ray Nelson (1963)

Un film : Invasion Los Angeles (They Live), réalisé par John Carpenter (1988)

En 1963, Ray Nelson publie une nouvelle intitulée Eight o’clock in the morning (8 heures du matin), retitrée en France, dans la revue Fiction n°125, Les Fascinateurs. Elle raconte comment un citoyen américain découvre que toute la population vit hypnotisée par des créatures extraterrestres. La conscience endormie, les humains ingurgitent à longueur de journée des messages diffusés par la radio, la télévision et les panneaux publicitaires : « Travaillez huit heures, distrayez-vous huit heures, dormez huit heures », « Mariez-vous et multipliez-vous » ou encore « Obéissez au gouvernement ».

Les extraterrestres aux allures reptiliennes vivent paisiblement au milieu des gens, qui ne les voient pas sous leur véritable apparence. George Nada, qui assiste à un spectacle d’hypnose, lui, se réveille d’un coup. Il voit, il comprend et cherche un moyen de révéler la vérité. Evidemment, personne ne le croit.

Le texte de Ray Nelson fait cinq pages seulement. Cette courte critique de l’abrutissement des masses par les élites devient un pamphlet horrifique des plus percutants sous la patte de John Carpenter. A la fin des années 1980, le cinéaste américain est très remonté contre la politique ultra libérale menée par le président Ronald Reagan. Carpenter dénonce le chômage galopant, le racisme, l’inégalité des chances, l’écart grandissant entre riches et pauvres, la consommation à outrance, l’hypocrisie des dirigeants, l’apathie de la presse, la voracité des banques.

Roddy Piper ouvre l'oeil

A l’écran, il montre l’errance de George Nada (Roddy Piper), qui voyage de ville en ville pour trouver du travail et qui atterrit à Los Angeles, dans un campement d’indigents. Nada, docile rouage du système, assiste un jour à des scènes de répression policière. En se renseignant sur des activistes, il découvre, par hasard, une paire de lunettes aux propriétés stupéfiantes : elles permettent de distinguer, dans la population, les humains des extraterrestres aux allures de squelettes. Pour Nada tout est clair : la classe dominante, formée par les créatures, exploite les petites gens, qui vivent, sans s’en douter, en esclavage. Puissamment armé, pourchassé, il tente d’éveiller les consciences.

Humour, horreur, science-fiction, action, suspense : John Carpenter utilise tous les moyens à sa disposition pour faire passer son message. Le montage énergique ne laisse aucun temps morts. Les effets spéciaux de Roy Arbogast (Les Dents de la Mer, Le Retour du Jedi, Christine) sont, aujourd’hui encore, tout à fait crédibles. Seule la pyrotechnie paraît dépassée et certains trucages vidéo.

D’un court texte engagé, John Carpenter a fait une œuvre divertissante et militante à la fois, avec un message clair. Roddy Piper, ancien catcheur de renom, a tout à fait sa place dans cette dénonciation vigoureuse d’un monde qui marche sur la tête. Un enseignement toujours d’actualité.

 Franck Mannoni

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Une Réponse to “[cinép(h)age:] INVASION LOS ANGELES (ép. 3/25)”

  1. Cécile mercredi 28 décembre 2011 à 111155 #

    C’est très intéressant ces mises en perspectives films / livres… Ca me donne envie de voir les films! En attendant un épisode où je n’ai pas lu le livre…

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